Secrétaire général du Comitéolympique et sportif du Cameroun, il publie aux éditions Tila un réquisitoire pour la modernisation de la plus grande fête panafricaine de sport, afin de l’adapter à ce qui se fait dans les autres continents, pour l’intérêt des Jeux et des Africains. Dans cet entretien, il revient sur les jeux d’intérêt qui minent l’organisation de cette compétition et esquisse des pistes pour en sortir. Sans concession !
David OJONG, merci pour votre disponibilité. Vous publiez aux éditions TILA « Il faut sauver les Jeux Africains. Plaidoyer pour une réinvention. » D’où vient l’idée de ce projet d’écriture et quels en sont les objectifs ?
Après avoir passé près d’un quart de siècle au service du mouvement olympique et sportif national, continental et mondial, nous avons estimé, compte tenu des expériences vécues et de notre parcours dans le management des organisations sportives, que le moment semblait approprié, pour apporter une contribution écrite, pour l’avancée de ce mouvement au niveau continental. Notre objectif était alors de susciter une certaine curiosité auprès des dirigeants et acteurs du mouvement olympique et sportif en Afrique, et leur permettre ainsi d’engager une véritable réflexion large, profonde, dense, sur son avenir et son devenir. Dès lors, pour mieux cerner cette problématique, nous avons pris pour point d’encrage les Jeux Africains, après les constats faits à l’issue de l’édition d’Accra, au Ghana, en 2014, en prélude aux Jeux Olympiques de Paris 2024.
Votre ouvrage met en exergue des Jeux Africains pris en otage par des tiraillements entre l’Union Africaine (UA) soutenue par l’Union des Confédérations Sportives Africaines (UCSA) et l’Association des Comités Nationaux Olympiques d’Afrique (ACNOA). Comment en est-on arrivé là ?
A l’origine, le projet d’organisation des Jeux Continentaux en Afrique est une initiative du Baron Pierre de Coubertin qui formula cette idée pour la première fois en 1912. Mais, c’est en 1924, lors des Jeux Olympiques de Paris que la décision est prise d’organiser la première édition à Alger en 1925. L’initiative se solde par un échec et le projet est relancé pour 1929 à Alexandrie, avec le même résultat. Cette idée renait lorsque les Jeux de l’Amitié, à l’issue de leur édition de Dakar, évoluent pour devenir une compétition plus englobante et se transforment en Jeux Africains dont la première édition est organisée en 1965 à Brazzaville au Congo, sous la coordination d’un organe étatique appelé Comité Permanent des Premiers Jeux Africains (CPJA), qui se transformera en Conseil Supérieur du Sport en Afrique (CSSA) en 1966. Le CSSA deviendra ensuite un organe spécialisé de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), qui s’arrogera la paternité de cet événement et en fera un bras séculier de sa politique de rassemblement des peuples africains.
Cependant, avec la création de l’Association des Comités Nationaux Olympiques d’Afrique (ACNOA), soutenue par le CSSA, cette organisation a voulu jouer un rôle majeur dans l’organisation des Jeux Africains, aux mêmes titres que les associations de même nature en Amérique et en Asie. Pour ce faire, des négociations ont été engagées dans la perspective de la dissolution du CSSA et de l’octroi de l’organisation des Jeux Africains par l’ACNOA, qui pourrait être soutenue techniquement par l’Union des Confédérations Sportives Africaines (UCSA) et les Confédérations sportives africaines dont les épreuves figurent au programme des Jeux.
Finalement, le CSSA a été dissout, mais, le Conseil du Sport de l’Union Africaine (CSUA) est né, affublé des mêmes prérogatives que le défunt CSSA sur les Jeux Africains, noyant les espoirs de l’ACNOA de se voir attribuer des prérogatives totales sur les Jeux Africains. Après une concertation tripartite UA-ACNOA-UCSA, une convention a été signée, mais celle-ci a été unilatéralement dénoncée par l’UA après les Jeux Africains de Rabat en 2019 et avant ceux d’Accra en 2024, pour des raisons que nous ignorons encore aujourd’hui, bien que nous estimons que cette convention, convenablement implémentée, aurait pu évoluer vers un détachement progressif de l’UA et CSUA de l’organisation opérationnelle des Jeux, pour donner davantage de responsabilités à l’ACNOA. Mais cela n’a pas été le cas, et aujourd’hui nous assistons à un repli sur elles-mêmes de chacune des parties, l’ACNOA envisageant même d’organiser ses propres Jeux continentaux, différents de ceux auxquels nous assistons depuis 1965.
Vous avez des pistes de réflexion pour sortir de cette situation. Quelles sont, à votre avis, les mesures les plus urgentes pour redonner aux Jeux Africains leur grandeur ?
Très humblement, nous pensons qu’il serait souhaitable de revenir, dans un premier temps, sur la convention dénoncée par l’Union Africaine (UA), avant d’évoluer vers des améliorations qui, en définitive, donneront à l’ACNOA la plénitude des prérogatives dans l’organisation et la gestion des Jeux Africains. Cependant, il serait nécessaire que les principaux protagonistes, l’UA à travers le CSUA et l’ACNOA, se concertent dans une transparence véritable et une honnêteté perceptible, surtout sur les raisons véritables ayant motivé la dénonciation de la convention par l’UA. Il serait également souhaitable que l’Afrique s’aligne sur ce qui se fait sur d’autres continents et dans le monde, dans le domaine de la gouvernance du sport. Car, l’Organisation des Nations Unies (ONU) ne s’arrogera jamais des prérogatives dans l’organisation des Jeux Olympiques, tout comme l’Union Européenne (UE) ne le fera pas en ce qui concerne les Jeux Européens. Il s’agit des partenaires privilégiés de ces Jeux et l’Afrique pourrait en faire autant en accordant ces prérogatives à l’ACNOA, qui devra néanmoins, faire sa propre mue structurelle, organisationnelle et fonctionnelle, pour parvenir à organiser des Jeux dignes de notre continent.
Recueilli par J.-C. EDJANGUE

