Sobriété pour le cinquantième anniversaire de la fin du fédéralisme, avec le rattachement du Cameroun occidental et le Cameroun oriental, donnant naissance à un seul du Cameroun. Les exilés du triangle national, en Europe, s’interrogent sur le sens de cette célébration.

Ahmadou Ahidjo, premier président du Cameroun, doit se retourner dans sa tombe. La fête de l’unité, célébrée avec faste sous son régime, a perdu de sa superbe. Le 20 mai 1972, les parties anglophones et francophones du Cameroun se rattache pour ne plus former qu’une seule et même nation, dans un territoire unique. 50 ans après, la date du 20 mai semble être banalisée, quelconque, ordinaire. De quoi choquer nombre de nos compatriotes en Europe. « Habituellement, avec Camer.be, chaque année, à l’occasion de la fête de l’unité, nous allions à l’Ambassade rencontrer l’Ambassadeur, faire des interviews, parler du pays. Cette année, rien de tout cela. C’est vraiment dommage », indique Hugues Seumo, journaliste basé à Bruxelles, la capitale européenne et membre de la société civile africaine.

« Besoin de paix et d’unité »

Le journaliste poursuit : « C’est d’autant plus regrettable que compte tenu de la situation du pays, mis à mal par de nombreuses crises et tensions tant dans le Nord-Ouest et Sud-Ouest (NoSo) que dans l’Extrême-Nord, on aurait pu prendre prétexte de cette réalité pour montrer une volonté politique affirmée de ramener la paix sur l’ensemble de l’étendue territoriale nationale ». Avoir un désir de paix et d’unité est une chose. Savoir comment y parvenir en est une autre.

« Charger les mentalités »

Marcelle Makam, qu’on appelle souvent La Générale de Marseille dans le milieu activiste de la diaspora camerounaise en France, promotrice de l’Association Phénix action solidaire internationale, qui fait l’accompagnement des femmes dans divers domaines, dans le monde, n’a pas le cœur à célébrer le 20 mai.« Quand on parle d’unité nationale, c’est comme si dans une maison, tout va bien, depuis les parents jusqu’aux enfants. Au Cameroun, la fête de l’unité n’est plus ce qu’elle était. Il y a trop de désordre au pays. La guerre continue au NoSo. Nous sommes divisés avec nos frères et sœurs des régions anglophones. Cette situation m’empêche de célébrer l’unité nationale, d’autant plus qu’elle n’existe pas aujourd’hui dans la réalité », constate-t-elle avant d’avancer quelques idées permettant selon elle de tendre vers cet objectif : « Pour retrouver l’unité nationale, il faut changer les mentalités, avoir de l’empathie, mettre l’humain au centre de tout et entreprendre une sensibilisation générale sur la situation de partition de notre pays. Et ça, je ne sais pas si toutes les parties prenantes sont prêtes à y consentir, tellement le mal est profond ». Le gouvernement veut un cinquantenaire de l’unité nationale en toute sobriété. Avec un défilé militaire et civil, mais sans faste ni paillette. Pourquoi ? « Le contexte général oblige les militants à faire un défilé de réponse, de persuasion et de dissuasion. Surtout que le monde entier nous regarde, beaucoup nous prêtent des idées. Vous allez célébrer le président Paul Biya. », réponse de Jean Kuete, au micro de nos confrères de radio France internationale(rfi), hier mercredi, 18 mai.

Par Jean-Célestin Edjangué à Paris

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