Au lendemain de la publication du rapport 2023 de Reporter Sans Frontière(RSF), les Africains de l’hexagone sont préoccupés par la situation du berceau de l’humanité en la matière.

Le 21ᵉ  rapport de reporter Sans Frontière, publié mercredi dernier, 03 mai, dans le contexte de la célébration de la journée internationale de la liberté de la presse, est sans concession. Ce document, qui évalue les conditions d’exercice du journalisme dans 180 pays et territoires, indique que la situation est « très grave » dans 31 pays, « difficile » dans 42 et « problématique » dans 55 contre « bonne » ou « plutôt bonne » dans 52 pays. Concrètement, les conditions d’exercice du journalisme sont déplorables dans 7 pays sur 10 et acceptables dans 3 pays sur 10. Et presque tous les continents sont concernés, y compris l’Afrique. Comment expliquer cette situation en Afrique ?

« Une question complexe »

Jean-Noël Woumo

Pour Jean-Noël Woumo, photographe professionnel d’origine camerounaise, « Certes, le rapport de RSF indique, la liberté de la presse a beaucoup reculé en Afrique. Maintenant, selon la partie d’Afrique où on se trouve, cette liberté est variable en fonction de la zone de conflit. En prenant le cas spécifique du Cameroun, qui n’est ni un pays en conflit avec un autre, ni un pays en présélection, mais où un journaliste, Martinez Zogo, a été assassiné avec une barbarie rare juste pour avoir dénoncé des détournements de deniers publics, on se rend compte que les journalistes n’ont plus droit à la parole dans ce pays d’Afrique centrale qui jouit pourtant d’une pluralité de médias », confie-t-il, ajoutant « En Afrique de l’Ouest, avec la guerre contre les groupes terroristes, les journalistes sont attirés par l’appât du gain des occidentaux et diffusent parfois de fausses informations différentes de la réalité sur le terrain. Dans les pays en présélection, le cas du Sénégal est particulier. On y voit les journalistes jeter tous les jours en prison pour leur opinion, du coup la question de la liberté de la presse en Afrique devient un sujet très complexe ». Pour Léonce Houngbadji, directeur de publication du média en ligne Notre Voix, basé à Paris, il va de soi que « la liberté de la presse est attaquée en Afrique. Les journalistes et médias sont pris pour cibles dans l’exercice de leur profession. Être un journaliste aujourd’hui, sur le continent, est un crime. À tout moment, vous pouvez être assassinés, torturé, emprisonné, enlevé, harcelé, expulsé, exilé de force, pour avoir fait votre travail. À cela s’ajoutent des persécutions diverses : menaces de mort, intimidations, redressements fiscaux, fermetures et suspensions abusives… Le tableau est noir », affirme-t-il.

« Réduire la presse au silence »

Tiambel Guimbayara

« L’objectif est de réduire la presse au silence pour permettre aux régimes autoritaires, de plus en plus nombreux, de confiner les libertés fondamentales, afin de confisquer le pouvoir », insiste Léonce Houngbadji, poursuivant : « Les pays, souvent cités en exemples, comme étant de bons élèves en matière de liberté de presse, commencent par s’enfoncer dans les classements internationaux, du fait des atteintes graves qu’ils portent à la liberté de la presse ». Comment en est-on arrivé là. « L’environnement socio-politique, économique et juridique ne facilite pas la tâche aux professionnels des médias. L’instabilité politique, le terrorisme, les coups d’État, l’interférence de certains gouvernements dans les procédures judiciaires, contre des journalistes, la multiplication de lois répressives criminalisant le journalisme, la prolifération des rumeurs, de la propagande et la désinformation (fake news), la faillite de plusieurs médias indépendants ou encore l’absence de véritables entreprises de presse, le financement des médias, la concentration de l’industrie des médias dans les mains des hommes politiques et d’affaires souvent proches des gouvernements autocratiques, la censure pour contrôler les journalistes et manipuler l’opinion, la volonté manifeste de confisquer le pouvoir, les coups d’État institutionnels et la répression contre les oppositions politiques… Telles sont quelques raisons profondes qui expliquent la fragilité de la liberté de la presse en Afrique, empêchant du coup les journalistes et les médias de travailler en toute liberté et en toute sérénité ». Quant à Tiambel Guimbayara, DP de la Voix du Mali, « La conquête, l’exercice du pouvoir, sont menés de nos jours conformément à un certain nombre d’idées dans le monde, consécutif à la politique en la matière dans certains pays. Mais aussi par rapport aux mutations du monde du point de vue de la pratique des nouvelles technologies dans le domaine de l’information NTIC. La meilleure approche réside dans la formation continue, une meilleure intégration de l’utilisation des nouvelles technologies NTIC dans la communication et l’information. Une adaptabilité de la meilleure approche de l’information qui n’est pas forcément la communication. Le respect des règles de déontologie de l’information est indispensable pour un meilleur avenir de la liberté de la presse en Afrique et de par le monde ».

Par Jean-Célestin Edjangué à Paris

One thought on “FRANCE : LES DIASPORAS AFRICAINES INDEXENT LES ATTEINTES A LA LIBERTÉ DE LA PRESSE”
  1. Ces observations faites par des professionnels sont pertinentes et ceci laisse à croire que tout est fait exprès pour contraindre la presse au silence
    Il faut le reconnaître, la diaspora africaine souffre dans l’âme et il urge qu’on en parle .

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