Plus qu’un cri, le Secrétaire général du Comité olympique et sportif du Cameroun, plaide pour le renouveau de cette grande fête panafricaine du sport, suite à un constat consternant de la gouvernance sportive, minée par des égoïsmes et des jeux d’intérêts particuliers.

Deux parties, six chapitres, un avant-propos qui fait office de préface, une postface, une bibliographie et un lexique. Voilà pour le menu de cette production littéraire de 77 pages, sous la plume de David Ojong. Un ouvrage qui tombe à point nommé, dans le contexte du débat autour des tiraillements des Jeux Africains, entre l’Union africaine soutenue par l’Union des Confédérations Sportives Africaines (UCSA) et l’Association des Comités Nationaux Olympiques (ACNOA), 61 ans après la toute première édition des Jeux à Brazzaville, en 1965.

« Trop d’obstacles »

« Les Jeux Africains, évènement majeur du calendrier sportif de l’Afrique, ont toujours été un moment unique de rassemblement et de fierté pour tous les sportifs et toutes les nations du continent. Cependant, force est de constater que les défis auxquels ils sont confrontés aujourd’hui suscitent une réflexion profonde sur leur avenir, avec en perspective une transformation conséquente de ce cadre idéal de promotion de l’unité africaine. Il ‘agit, plus précisément, de donner à cette compétition multisports continentale un caractère fondamentalement africain, tout en lui assurant une meilleure intégration dans un environnement olympique et sportif mondial en constante évolution. » Dès le premier paragraphe de l’avant-propos, commis par Hamad Kalkaba Malboum, président de la confédération africaine d’athlétisme, les enjeux qui sont au cœur de cette publication sont posés, clairement précisés : « En fait, le présent état des lieux des Jeux Africains, décrié par certains depuis quelques éditions, découle de nombreux facteurs endogènes, à l’instar des incompréhensions persistantes entre l’Union Africaine (UA) et l’Association des Comités Nationaux Olympiques d’Afrique (ACNOA). On relève également des facteurs exogènes comme l’affirmation de la volonté de l’Afrique de contribuer activement à l’évolution du mouvement olympique, à travers la recherche sur les valeurs africaines susceptibles de renforcer les principes fondamentaux de l’Olympisme et la promotion des disciplines sportives purement africaines ». Et Hamad Kalkaba Malboum d’indexer certains des problèmes auxquels l’institution sportive panafricaine doit faire face. « En effet, le difficulté de voir spontanément des Etats africains s’engager à accueillir ces Jeux, le recul considérable de la participation des meilleurs sportives et sportifs du continent à l’évènement, de même que la qualité approximative de l’organisation des compétitions, sont autant d’obstacles à surmonter par les organisateurs », note-t-il, poursuivant : « À ces épreuves laborieuses, il conviendrait d’ajouter les questionnements relatifs à la non-intégration de l’évènement parmi les compétition continentales qualificatives pour les Jeux Olympiques au cours de la dernière olympiade 2021-2024 ». M. Kalkaba Malboum conclut comme pour en formuler le souhait, après avoir rappelé l’intérêt du texte de M. David Ojong : « Nous espérons que l’ouvrage sera un instrument précieux pour tous ceux qui veulent contribuer à la réussite et à la pérennisation des Jeux Africains ».

« L’avenir en question »

Même son de cloche chez David Ojong, l’auteur de ce document qui est bien plus qu’un banal texte. Revenant sur le contexte et l’organisation des derniers Jeux Africains à Accra, au Ghana, en mars 2024, où tout en apparence laissant croire à un succès incontestable avec « 5.000 athlètes venus des quatre coins de l’Afrique, des compétitions palpitantes dans 29 disciplines, des moments de fierté nationale et des médailles brandies avec une émotions brute, palpable ». Alors qu’en réalité, le feu couve. « Dans les tribunes officielles et les zones de décision des acteurs majeurs manquaient à l’appel. L’Association des Comité Nationaux Olympiques d’Afrique (ACNOA), l’instance qui chapeaute et représente le mouvement olympique sur le continent, s’était officiellement retirée de l’organisation. Plus symptomatique encore, le Comité International Olympique (CIO), l’organe suprême du sport mondial, n’avait pas accordé sa pleine reconnaissance à l’évènement », rapporte l’auteur, soulignant : « Cette double absence n’était pas un simple détail protocolaire ou une querelle administrative passagère ; elle avait une conséquence concrète, dévastatrice, un fait presque impensable pour une compétition de ce niveau : pour la plupart des disciplines, les performances réalisées à Accra, même les records battus, n’offraient aucune voie de qualification pour les Jeux Olympiques de Paris 2024… Au même moment où ses dirigeants boudaient ostensiblement les Jeux d’Accra, l’ACNOA, l’organisation olympique officielle, travaillait d’arrache-pied, non pas à réparer les ponts, mais à construire un navire concurrent. Elle préparait activement la création de sa propre compétition : des « Jeux de l’ACNOA », des jeux rivaux, dont la première édition était déjà promise à l’Egypte pour 2027, avec un logo déjà dévoilé et une communication bien rodée ». L’auteur s’interroge à juste titre : « Le continent, qui peine déjà à financer et à organiser une seule grande fête sportive tous les quatre ans, se dirigeait-il vers un scénario schizophrénique avec deux « Jeux Africains » concurrents, se disputant les mêmes athlètes, les mêmes sponsors et les mêmes financements publics ? » Un paradoxe qui est à l’origine du projet d’écriture de David Ojong. L’auteur tire la sonnette d’alarme et en avançant des propositions concrètes pour sauver les Jeux Africains. « Cette postface se veut ainsi un hommage à la qualité et à la pertinence de ce travail, tout en étant un encouragement à poursuivre la réflexion et à engager la rénovation attendue des structures de management et des Jeux Africains, afin qu’ils deviennent véritablement le miroir dynamique et rayonnant du sport et de l’unité africaine », conclut Aziz Daouda, Directeur technique et du développement, à la Confédération Africaine d’Athlétisme.

David Ojong jette un véritable pavé dans la marre d’intérêts particuliers qui prennent en otage les Jeux Africains, sans la moindre pensée pour l’intérêt général des Africains.

Les parties concernées seront-elles sensibles à cette interpellation ? Wait and see.

Par Jean-Célestin Edjangué

*David Ojong, Il faut sauver les Jeux Africains. Plaidoyer pour une réinvention, 77 pages, éditions TILA, disponible également chez Amazon.

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