L’ouvrage dresse un constat pathétique d’une Afrique engluée dans ses turpitudes nonobstant d’énormes potentialités, au moment où le vieux monde est en pleine déliquescence, et avance quelques pistes pour bâtir l’avenir.

« Depuis les indépendances, l’Afrique oscille entre espoirs proclamés et souverainetés inachevés. Les promesses de liberté ont souvent laissé place à des institutions fragiles, des dirigeants éphémères et des peuples condamnés à attendre des sauveurs qui ne viennent jamais- ou qui reproduisent ce qu’ils prétendaient combattre. Aujourd’hui, le continent fait face à une réalité plus complexe encore. La domination ne s’exerce plus seulement par la force visible, mais aussi par l’économie, l’information, les répressions et les failles internes. Dans ce monde nouveau, les nations peuvent perdre leur capacité de décision sans avoir perdu une guerre », note, en 4è de couverture, précisant : « Dans cet essai lucide et sans concession, Cyrille Tchamba explore les racines profondes de cette vulnérabilité. Il interroge les illusions du messianisme politique, les fragilités institutionnelles, les mirages militaires et les dépendances invisibles qui entravent la pleine souveraineté africaine ». Et de souligner en rouge, en guise d’alerte : « Car l’avenir de l‘Afrique ne dépendra ni d’un miracle, ni d’un messie. Il dépendra de sa capacité à se comprendre, à se structurer et à se gouverner elle-même ».

10 chapitres, 93 pages

La couverture donne le ton. Un portrait de l’auteur, sorti d’une esquisse de l’Afrique, en tenue traditionnelle, portant une chéchia finement travaillée de manière artisanale, aux couleurs remarquablement agencées du noir au blanc en passant par le doré, le gris et le marron, et des lunettes sur un visage graves, le regard plutôt inquiet, une moustache taillée de près, une barbe fine épousant les contours du menton jusqu’aux oreilles. La couleur sombre, d’un noir profond, prédominante, est traversée par quelques fragments de textes en rouge, et surtout par une lumière qui se reflète en arrière-plan, comme pour signifier que même dans la nuit la plus noire, le jour finit toujours par se lever. I

l faut alors ouvrir l’ouvrage, pour en apprécier le contenu, à commencer par la page de dédicace aux enfants de l’auteur « Uriel, Gabriel et Raphaëlle », « qu’ils reçoivent tout mon amour », de même que ses parents « feu Dr Kwetcha et feue Kwetcha Anne née Arkam, en guise de reconnaissance pour tout l’engagement qu’ils ont manifesté pour mon éducation et ma vie d’homme. Ils me manqueront à jamais » ; sans oublier sa sour « Nadine, qui est un soutien sans faille quand le ciel semble orageux », puis à tout le reste. « Chers amis lecteurs, qui m’accompagnez dans cette aventure « ambiguë » mais exaltante… ». Sacré clin d’œil à Cheikh Hamidou Kane, l’auteur du livre éponyme, paru en 1981, et qui vient d’être rappelé auprès des Ancêtres le 4 octobre 2026.

Essai politique

L’ouvrage de Cyrille Tchamba, produit par les Editions Le Schabel, est un essai politique de 10 chapitres et 93 pages, qui pose un diagnostic sur les maux qui minent le berceau de l’humanité face à « la guerre de la quatrième génération », et en suggère une thérapeutique pour en guérir.

L’ouvrage peut subjectivement être séquencé en trois parties inégales : l’avant-propos, le texte proprement dit et les annexes.

« Je suis né dans une Afrique qui sortait à peine d’un long tunnel : celui d’une indépendance proclamée, mais rarement pleinement assumée. Une Afrique où les dirigeants fraîchement installés ressemblaient souvent davantage à des relais rassurants pour leurs anciens maîtres qu’à des architectes souverains du destin collectif. On nous répétait qu’ils étaient les « meilleurs élèves de Paris », comme si notre avenir dépendait de notre capacité à bien imiter plutôt qu’à inventer. Le décor est planté : nous partirons avec une conscience empruntée ». C’est ainsi que Cyrille Tchamba, qui n’a visiblement pas oublié qu’il a été homme politique, en France, dans une vie antérieure, commence son « Avant-Propos », dont le titre « Héritiers du Feu : penser l’Afrique au-delà des sauveurs », est assez explicite. Il reconnaît qu’il a découvert la littérature classique africaine et l’histoire du continent noir, presque par hasard. « Comme tant d’autres jeunes Africains, j’ai grandi dans une histoire qui n’était pas la mienne… C’est presque en clandestin que je suis entré dans la véritable bibliothèque africaine. Cheikh Anta Diop m’a rendu la profondeur historique que l’on m’avait refusée. Frantz Fanon m’a appris que la lucidité peut être une forme de rupture. Aimé Césaire que la parole peut restaurer ce que la domination tente d’effacer. Kwame Nkrumah que l’unité n’est pas une utopie, mais une stratégie (…) Et, ironie révélatrice : c’est en lisant des travaux extérieurs au continent que j’ai découvert des pans entiers de ma propre histoire, notamment les luttes libérations camerounaises et les figures qui les ont portées. Comme si notre mémoire avait été ensevelie non par accident mais par méthode ».

Les dix chapitres de cette réflexion analytique, depuis « Héritage et mémoire », « Le piège des sauveurs », « Panafricanisme : renaissance ou mirage ? », « La jeunesse comme boussole », jusqu’à « Pourquoi l’Afrique aime ses imposteurs politiques », en passant par « Réconcilier mémoire et avenir », « Une économie au service du citoyen », « Les intellectuels et la diaspora », « L’éthique au cœur du contrat », est une tentative de mise en exergue des atouts et potentialités dont dispose l’Afrique et des suggestions de mieux les exploiter pour que le continent prennent toute sa place dans le nouveau monde en construction. Quant à l’ultime chapitre, le dixième, il expose ce qui apparaît aux yeux de l’auteur comme étant « les chantiers de l’avenir ». L’auteur suggère notamment « La réconciliation avec le passé pour construire un avenir solide, en valorisant l’histoire et en réparant l’oubli institutionnalisé », et surtout une véritable révolution culturelle pour en finir avec « la culture de l’imposture, celle de la corruption, reprendre le contrôle de sa souveraineté monétaire, … ».

Enfin, une partie non négligeable de ce texte est consacrée aux annexes alimentées par les grandes figures du panafricanisme, du nationalisme, mais aussi de la négritude, convoquées par l’auteur pour étayer son argumentaire. De W.E.B. Du Bois à Um Nypobè en passant par Nkwame Krumah, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, George Padmore ou encore Frantz Fanon. Un essai politique à lire absolument.

Par Jean-Célestin Edjangué à Paris

*Cyrille Tchamba, Ni Messie, Ni Miracle. L’Afrique face à la guerre de la quatrième génération, éditions Le Schabel, 10.000 FCFA

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