Depuis le début de la guerre, l’institution accueille des dizaines de jeunes africains chaque jour, 8 rue Bachelet, dans le 18ᵉ arrondissement de Paris.

 «  Le 27 février, j’ai quitté Odessa pour prendre un train à 17 h 30 Liviv pour la frontière polonaise. Il y avait beaucoup de désespoir, beaucoup de gens perdaient connaissance. Puis le bus nous a conduit près de Francfort, en Allemagne. L’accueil était formidable. On a fait les formalités. Ensuite, un train autre jusqu’à Berlin, puis bus jusqu’à la Gare du Nord, en France », raconte Antoine Abé un jeune camerounais. Il a passé 11 ans en Ukraine dont 6 à Odessa, 3 à Donets et 8 mois à Kiev. Travailleur dans un centre commercial d’Odessa, il a débarqué à la Maison des camerounais de France, le 4 mars, fuyant la guerre en Ukraine. Père d’une fillette de 7 ans, Nastia, avec une Ukrainienne, il découvre, quelques jours plus tard, l’accueil particulier des services de la diplomatie camerounaise dans l’hexagone.

L’ambassade du Cameroun indexée

« Lundi 7 mars, je me présente à l’Ambassade du Cameroun à Paris, pour me signaler. On m’a demandé de faire la queue comme tout le monde. Et comme j’avais un blouson un peu camouflé, on m’a demandé à la guérite de retourner d’abord mon blouson. Je voulais faire mon passeport qui est périmé. Dommage que l’on n’ait pas pris soin ne serait-ce que de me recevoir », s’étonne-t-il avant de lancer : « Je ne comprends pas que rien ne soit fait à ce jour à l’Ambassade du Cameroun en France pour faciliter l’accueil et l’intégration des réfugiés camerounais venant d’Ukraine. J’ai appris qu’il ne faut jamais baisser les bras. Je n’ai jamais cherché la guerre en Ukraine, mais je dis merci à Dieu d’être sorti de l’Ukraine ».

Sandrine Akou Aby, 23 ans en juin prochain, est une Ivoirienne, venant de Kiev où elle vivait depuis octobre 2018. Etudiante en 3ᵉ  année d’économie internationale, elle est encore sous le, choc de la brutalité avec laquelle le cours des choses s’est inversé. «  Je suis arrivée début mars(1er ou 2) à Paris, en provenance de Kiev via Liviv et la Pologne, et l’Allemagne par bus.

C’était pire encore qu’avec la Covid. C’est comme si on passait très vite d’un monde en temps de paix à un monde brusquement en guerre. Ça s’est passé très vite. On avait des projets : terminer mes études, changer ensuite pour venir faire le Master en France ou dans un autre pays… C’était un chemin tracé. Je ne m’attendais pas à ce que ça arrive en Europe. On avait tous nos espoirs qui sont tombés à l’eau », constate la jeune fille.

Incertitude

« Actuellement, je suis toujours dans l’incertitude. Ça m’a rendu plus nerveuse, beaucoup plus méfiante. Passer d’un état de citoyenne normale à réfugiée… On ne quitte pas son pays pour le plaisir d’aller chercher du travail ou je ne sais quel autre sensation ailleurs. C’était vraiment pour me construire un avenir. Tout le long de ce périple, il y a eu des regards, gestes racistes, mais je me suis préparée. Ce n’est pas nouveau. Le noir fait toujours tâche parmi les blancs ou les arabes », relativise-t-elle, avant d’affirmer : « Ce que je retiens de cette expérience, c’est que rien n’est vraiment acquis. C’est l’impuissance, une sorte d’injustice… On n’a rien demandé. Mais on est impacté dans son présent et son avenir. On se sent aussi un peu victime de guerre, puisque nos vies sont affectées » Quant à Nyango, 4ᵉ année de cybersécurité, Angodji Armel, étudiant en Master 2 sociologie, et Serge Abalé, dernière année de Relations internationales, tous également ivoiriens réfugiés en provenance d’Ukraine, chacun a vécu une expérience différente de ce douloureux évènement. Mais, tous souhaitent que les choses redeviennent comme avant, pour que l’Ukraine retrouve la paix : « Quand on voit ce qui se passe, on n’a qu’une seule hâte. Que la guerre finisse et qu’on retourne en Ukraine. Mais nous savons que cela prendra du temps, beaucoup de temps. L’Ukraine risque de devenir comme l’Afghanistan. Cette expérience nous a surtout appris que l’Afrique n’est pas respectée dans le monde, qu’elle ne pèse en aucune diplomatie. On a vu l’union européenne agir. Où est l’Union africaine ? » s’interrogent-ils en guise de conclusion.

Par Jean-Célestin Edjangué

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