Productrice, réalisatrice, présidente de l’Association Tell And Be africa Promotrice du Ciné-club N’kah, de la résidence d’écriture TABA et du Festival Mouna TABA du cinéma panafricain de la jeunesse, dont la première édition, en décembre 2025, avait Bassek ba Kobhio, décédé le 12 mai 2026, parmi ses invités. Elle revient sur cette personnalité atypique du milieu culturel camerounais. Très émouvant.
L’écrivain, réalisateur et Promoteur du festival les « ÉCRANS NOIRS « , que j’ai rencontré pour la dernière fois lors du 1er Festival international du film panafricain de la jeunesse, en décembre 2025, à l’Espace culturel Ade-Niba, est décédé le 12 mai 2026, à Yaoundé. On imagine votre chagrin ?
En effet c’est un véritable choc et une grande tristesse d’apprendre que Bassek Ba Kobhio, BBK comme nous l’appelions, nous a quittés. Depuis notre Festival Mouna TABA où nous avons eu l’honneur de sa visite, j’étais étonnée qu’il n’ait pas répondu à mon invitation pour l’inauguration officielle de l’Espace culturel ADE-NIBA il y’a deux semaines. Il avait pour habitude d’accuser réception tout au moins. Il faut dire qu’il semblait très affaibli depuis quelques temps et disait qu’il n’avait plus la même énergie pour prendre part aux événements. Mais je ne pouvais pas imaginer une aussi triste nouvelle ! C’est le cinéma camerounais et africain qui est ébranlé, c’est un baobab qui vient de tomber !
Quelle image gardez-vous de cette personnalité camerounaise unique du monde de la culture ?
Bassek Ba Kobhio, pour parler de lui en raccourci, c’est le cinéma camerounais, c’est une bonne partie du cinéma africain. À travers le monde, lorsqu’on voulait parler du cinéma camerounais, on citait d’abord Bassek Ba Kobhio. Il a laissé une marque par ses œuvres cinématographiques de belle facture (« Sango Malo » qui était l’adaptation de son livre « sango Malo ou le maître du canton », Le grand blanc de Lambaréné », le « silence de la forêt ») et bien d’autres. Mais surtout par ce grand festival qu’il a créé, Le Festival « Ecrans Noirs », et qu’il a porté jusqu’à sa 30ème édition (C’est la prochaine édition dans quelques mois). Il a permis au cinéma camerounais et africain de continuer à exister même après la fermeture des salles de cinéma, il a conseillé plusieurs, mis en relation des professionnels d’horizons divers, donner de l’espoir aux jeunes professionnels du cinéma. Malgré quelques prises de bec que nous avions eues, j’ai toujours respecté l’ainé qu’il était, mais surtout la grande culture qu’il avait, et sa capacité à ouvrir des portes dans ce métier très compliqué. J’ai mis un point d’honneur à lui rendre hommage au Ciné-club N’kah et à lui consacrer une émission « Ciné-club N’kah autour de Sango Malo » que vous pouvez retrouver sur notre chaîne Youtube LUMANCOMMUNICATION. Ses interventions, en ce qui concerne le cinéma africain ont toujours été empreintes d’une grande connaissance du milieu, et de sagesse. D’ailleurs, j’ai remarqué qu’il ne loupait pas l’occasion d’être des nôtres aux sessions du Ciné-club N’kah lorsque nous recevions les cinéastes africains, qui s’avéraient être tous ses amis. Sur le plan des relations humaines, il était quelqu’un de très direct surtout quand il fallait remettre des choses à leur place dans le domaine qui est le nôtre. Cette intransigeance pouvait irriter, mais quand vous vous habituez à la personne, vous comprenez son besoin et son envie de mettre de l’ordre pour le développement de notre industrie cinématographique. Nous venons de perdre un grand homme de culture. Il laisse un grand vide ! Qu’il repose en paix.
Bassek Ba Kobhio parti, quel avenir pour le cinéma au Cameroun et en Afrique ?
Il faut dire que le cinéma camerounais et africain s’est beaucoup développé depuis une dizaine d’années et plus, car, en plus des grandes plateformes de rencontres et de distribution des films comme les Écrans Noirs ou le Fespaco, beaucoup d’initiatives ont vu le jour et les acteurs culturels de ce domaine redoublent de plus en plus de créativité. Les films sont produits avec des formules de financement de plus en plus recherchées. Des formations en cinéma et ateliers divers (Labs, résidences d’écriture, Cinéclubs) sont lancés un peu partout en Afrique. Nous sommes confiants de ce que l’avenir reste prometteur, mais la place que Bassek Ba Kobhio a su créer et occuper, restera bien vide.
Recueilli par J.-C. Edjangué

