Journaliste reporter d’images, membre de la société civile au sein de la diaspora camerounaise dans l’hexagone, il a travaillé avec Ananie Rabier Bindzi dans son programme phare de Canal 2 International, et était resté proche de lui tout au long de la période de l’hospitalisation à Paris. Malgré son immense chagrin, il a bien accepté de témoigner de celui dont il était si proche, et qui a définitivement tiré sa révérence lundi 24 août 2026, à son domicile à Bonabéri. Très émouvant.

Notre confrère Ananie Bindzi Rabier, avec qui vous avez travaillé pour « La tribune de l’histoire  » sur Canal 2 international, nous a quittés lundi 24 août 2026 à Douala, de suite de maladie. Qui était-il réellement pour vous ?

Ananie Rabier Bindzi était bien plus qu’un confrère avec qui j’ai eu l’immense honneur de partager l’aventure de La Tribune de l’Histoire sur Canal 2 International. C’est le seul cadre de canal2 international qui était venu chez moi à la naissance de mon premier fils, et c’est lui qui m’a offert mon premier voyage professionnel hors du Cameroun. Nous avons sillonné le Gabon et plusieurs pays d’Europe ensemble en reportage. C’était un maître de la presse camerounaise, passionné d’histoire et de politique, intervieweur redoutable. Mais je retiens surtout l’homme de cœur.

Sur le plan professionnel, quelle image gardez-vous de lui ?

Professionnellement, je garde de lui l’image d’un homme de terrain infatigable. Il passait des heures à préparer ses interviews. C’était un bourreau de travail, boulimique d’information, mais toujours d’une rigueur exemplaire. Avec lui, chaque sujet devenait une leçon d’histoire. Il savait raviver la mémoire d’invités interrogés sur des événements vieux de plusieurs décennies. Des souvenirs inoubliables : lors d’un reportage à Ndom (Sanaga-Maritime) pour interviewer un survivant du « train de la mort » (drame politique du 1er février 1962), j’étais derrière la caméra, menant l’entretien sous un arbre. Un serpent a chuté de la branche directement sur ma tête. Ayant une phobie des serpents, ma réaction fut immédiate. J’ai pris la fuite en hurlant avec toute l’équipe, sans même regarder derrière nous. Seul Ananie Bindzi Rabier est resté stoïque sur place. Avec un sang-froid impressionnant, il s’est emparé du serpent pour le tuer. Pour moi, le tournage était terminé. Pourtant, avec des mots justes et rassurants, il a su m’apaiser et me redonner confiance. Nous avons pu reprendre et terminer notre interview. Il y a aussi le tournage réalisé sur le site GEMALTO, en France et en Finlande. Ce reportage, consacré à la production et à la personnalisation de la nouvelle carte d’identité camerounaise, fut bien plus qu’une simple mission technique. Ce fut une véritable plongée au cœur des enjeux identitaires de mon pays. Ce voyage professionnel m’a ouvert les yeux sur la complexité des problèmes liés à l’identité au Cameroun. J’ai pu constater, caméra à l’épaule, comment la délivrance d’un titre sécurisé relève d’un défi logistique et technologique de taille.

Diriez-vous qu’il laisse un grand vide dans le métier de journaliste au Cameroun voire en Afrique ?

Oui, absolument. Dire qu’il laisse un grand vide dans le journalisme camerounais est une évidence partagée par une grande partie de la profession et du monde politique. Au-delà des frontières, c’est toute la presse africaine qui perd l’une de ses consciences historiques, un homme qui avait fait de la transmission de la mémoire son combat. Ce vide est d’autant plus grand que Ananie Rabier Bindzi était irremplaçable.

Recueilli par J.-C. Edjangué

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