Actrice de la société civile de la diaspora camerounaise et africaine en France, entrepreneure, Directrice de publication de Hemlé Magazine, qui prépare un forum fin octobre 2026, à Paris, sur « Hemlé Territoires Connectés » dans l’optique de favoriser l’investissement de membres de la diaspora dans la création d’emplois au pays natal, et participer notamment à la lutte contre toutes les formes de violences, elle analyse les causes de la recrudescence des féminicides au Cameroun et en profite pour esquisser des pistes pour en sortir. Instructif.
Mme Djob merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Votre réaction à la vague de féminicides au Cameroun depuis plusieurs mois ?
Ma réaction est d’abord celle du choc et de la tristesse. C’est un phénomène qui a toujours existé de façon latente mais qui a pris plus d’ampleur aujourd’hui. Il est devenu plus visible, plus brutal, et il est démultiplié par la vulgarisation des réseaux sociaux. Ce n’est plus un simple fait divers, c’est le symptôme d’une société en transition qui a perdu une partie de ses repères. Il est donc urgent d’intervenir, de tout mettre en œuvre pour arrêter le massacre.
Comment en est-on arrivé là à votre avis ?
Perte de repères, exode rural et rupture culturelle et traditionnelle. Voilà, à mon avis, la principale raison qui peut expliquer cette réalité. L’accélération des flux migratoires et de l’exode rural a entraîné l’éclatement de la cellule familiale et la disparition des cadres de régulation traditionnels. Auparavant, la gestion des crises conjugales et familiales bénéficiait d’un système de refuge et de médiation incarné par l’aîné, le chef de famille ou la belle-famille. Dans tous les cas, la cellule familiale jouait encore un rôle pour si ce n’est prévenir, du moins protéger l’ensemble de ses membres.
Ce refuge traditionnel a aujourd’hui largement disparu. Il est remplacé par les réseaux sociaux, qui deviennent la principale source de conseils en matière de vie familiale et de couple. Cette substitution s’accompagne d’une adoption mimétique de codes vestimentaires et relationnels exogènes, sans prise de recul ni adaptation au contexte local, avec un impact direct sur la stabilité des couples, des femmes, des jeunes filles, des étudiantes… Le second facteur, qui pourrait expliquer la recrudescence de féminicides au Cameroun, ces derniers mois, réside dans le basculement d’une logique de compétence vers une logique d’ascension sociale a tout prix. Sous la pression du statut individuel et familial, parfois avec la complicité de personnes de confiance, la relation de couple peut être instrumentalisée et transformée en projet d’ascension sociale plutôt qu’en projet de vie partagé. Cette transaction crée une illusion. Lorsque cette illusion se dissipe et que l’un des partenaires réalise qu’il est valorisé pour ce qu’il représente et non pour ce qu’il est, la désillusion peut être d’une grande violence. Si rien ne saurait justifier le passage à l’acte violent, nommer cette instrumentalisation est indispensable pour espérer la corriger.
Que faire pour en sortir ?
La sortie pourrait passer par la valorisation des compétences et la création d’emploi à l’échelle locale. C’est dans ce cadre que la diaspora a un rôle déterminant à jouer. L’enjeu est de permettre aux femmes de se prendre en charge et de devenir un soutien pour la cellule familiale, et aux étudiants, jeunes filles et jeunes garçons, de financer leurs études par la valorisation de leurs expertises. Lorsque l’individu existe par sa compétence, le recours à l’instrumentalisation de l’autre s’amoindrit. Telle est la mission de HEMLE Magazine : connecter les talents africains aux opportunités africaines et internationales, sans faire du départ, ou de la relation la seule voie de réussite professionnelle. C’est la question centrale du forum HEMLE Territoires Connectés, prévu fin octobre 2026, sous le thème générique : « Pourquoi partir quand on peut aussi travailler avec le monde ? ». Le forum le démontrera à travers plusieurs dispositifs :
– Grand Témoignage : La preuve que la collaboration à distance est déjà une réalité entre incubateurs de Yaoundé et entrepreneurs de la diaspora.
– HEMLE CONNECT : Les modalités opérationnelles de collaboration – télétravail, freelance, stages à distance, alternance hybride, sous-traitance et mentorat.
– Les Outils : Les solutions concrètes pour collaborer – Teams, Slack, Notion, et pour valoriser son profil – portfolio, LinkedIn, GitHub.
– HEMLE Talents Pitch et Business Match : 10 talents présentent leur savoir-faire en 3 minutes selon le principe : 1 compétence + 1 besoin = 1 opportunité.
– Territoires et Inclusion : Avec les HEMLE Talents Hubs pour connecter les zones rurales, le programme Women Connect qui affirme que les compétences n’ont pas de genre ni de frontière, et les HEMLE Commitments pour formaliser les engagements de la diaspora : Employer, Former, Mentorer, Parrainer et Développer.
Le principe : le talent reste dans son territoire, le travail vient à lui.
Recueilli par J.-C. Edjangué

