Le terme utilisé pour la première fois par la sociologue Sud-africaine, Diana Russell, en 1976, lors du Tribunal international des crimes contre les femmes à Bruxelles pour dénoncer les meurtres de femmes motivés par le genre, et popularisé en 1990, n’a jamais autant été d’actualité au sein de la communauté camerounaise y compris à l’étranger.

Plu de 60 cas de féminicides enregistrés depuis le début de l’année, au Cameroun, selon les chiffres officiels. Une situation d’autant plus préoccupante que dans la semaine du 20 au 27 août 2026, au moins huit femmes été tuées dans des violences conjugales, révèle le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille. Rien d’étonnant alors que cette réalité dramatique suscite de l’émoi bien au-delà des limites du triangle national. Les membres de la diaspora camerounaise notamment dans l’hexagone, sortent de leur indifférence habituelle pour prendre ouvertement position contre un fléau qui pourrait être banalisé si le silence, signe de complicité tacite, réussissait à s’imposer comme règle, des auteurs de ces drames n’hésitant pas à les poster sur les réseaux sociaux, comme s’ils voulaient leur donner une résonnance internationale voire mondiale.

Des chiffres qui indexent le laxisme du gouvernement

Si la situation semble provoquer un début de prise de conscience à la hauteur de l’extrême gravité du fléau, force est de constater qu’elle n’est malheureusement pas une découverte. Elle est même vieille de plusieurs années, même si elle prend une tournure qui invite à une mobilisation générale. « 50 féminicides ont été enregistrés en 2023 ; 67 en 2024 et 77 en 2025 », indique les données gouvernementales. Une réalité que dénoncent la société civile et les partis politiques de l’opposition. La ministre de la Promotion de la Femme et la Famille, Mme Marie-Thérèse Abena Ondoa, face au tollé provoqué par cette recrudescence des féminicides depuis ces dernières années, au Cameroun, a fait diffuser une vidéo dans les médias d’Etat, condamnant « l’augmentation inquiétante du nombre de meurtres de femmes » et assurant que « le gouvernement travaillait à apporter des réponses ». Elle a par ailleurs indiqué qu’un projet de loi destiné à protéger les femmes contre les violences basées sur le genre était au niveau de la Primature pour examen. « Depuis plusieurs années, un projet de loi sur les violences faites aux femmes et aux enfants est en cours d’élaboration. Nous espérons qu’il pourra être soumis au Parlement lors de la session de novembre, car le travail effectué au niveau des services du Premier ministre est suffisamment avancé », a affirmé Marie-Thérèse Abena Ondoa. La classe politique et la société civile camerounaises émettent des doutes, soulignant la lenteur avec laquelle le gouvernement aborde un sujet aussi grave. « Nous sommes inquiets car la session parlementaire de novembre est axée sur les débats budgétaires… Nous ne savons donc pas par quel miracle ce projet de loi sera adopté », a confié, au micro de nos confrères de la BBC, Mme Viviane Tathi Yende, de l’Association Sourires de Femmes qui lutte contre les violences sexistes. Quant à Maurice Kamto, du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun, il dénonce dans un communiqué « la passivité coupable » des autorités face à la multiplication des violences, se disant « indigné par la tragique récurrence des féminicides domestiques ».

« Une histoire mondiale »

La situation n’est guère reluisante dans l’hexagone où le Collectif Féminicides France recense 61 cas de femmes tuées par leur conjoint ou ex-compagnon, au 29 août 2026. Pire, le phénomène serait planétaire, à en croire l’historienne française Christelle Taraud, spécialiste de l’histoire des femmes, du genre et des sexualités en contexte colonial, qui a dirigé une étude à grande échelle sur le sujet. Son ouvrage « Féminicides-Une histoire mondiale », paru aux éditions La Découverte en 2022. Chercheuse au centre d’histoire du 19ème siècle à Paris et enseignante pour les antennes parisiennes de plusieurs universités américaines, dont l’université Columbia de New-York, Christelle Taraud pense que « les sciences humaines n’ont pas seulement pour vocation à analyser la société, mais aussi à la transformer ». Les conclusions de l’ouvrage collectif de 900 pages qu’elle a dirigé concernant les féminicides dans le monde, indiquent la continuité des violences faites aux femmes depuis la préhistoire sans que les choses se soient améliorées aujourd’hui. « 47 000 femmes et filles tuées par leur partenaire intime ou un membre de leur famille en 2020, soit une toutes les 11 minutes », selon l’ONU. Quant à savoir la raison principale qui expliquerait ce fléau, l’historienne et chercheuse, Christelle Taraud, répond : « Sans aucun doute le système patriarcal, vraisemblablement apparu dès le néolithique », répond-elle.

En matière de féminicides, l’Afrique et l’Amérique latine affichent les taux pour 100 000 habitantes les plus élevés de la planète. L’Afrique du Sud connait des taux par habitant parmi les pires au monde.

Par Jean-Célestin Edjangué à Paris

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