L’association des Elus en France d’origine ou de nationalité camerounaise (EFRACAM), est dans la tourmente, prise dans le tourbillon d’une direction bicéphale. Or, c’est bien connu, il ne saurait y avoir deux capitaines dans un même bateau, l’affaire devra fatalement être réglée devant les tribunaux français. Comment en est-on arrivé là ? Nous avons mené l’enquête.
La presse camerounaise en a largement fait écho, pas toujours avec impartialité, depuis plusieurs jours. En témoignent les nombreux droits de réponse servis par l’équipe qui s’est sentie outrancièrement diffamée. La crise qui secoue l’association des Élus d’origine ou de nationalité camerounaise (EFRACAM), créée en 2015, dans le but de favoriser la coopération décentralisée entre la France et le Cameroun, est d’une violence inouïe. Elle est alimentée essentiellement par deux approches différentes quant au mode associatif de gouvernance. Une divergence qui n’est pas vraiment nouvelle, même si elle a pris une tournure plus dramatique.
« Nouveau schisme »
Lors de l’élection du bureau de juin 2024, déjà, une fronde avait provoqué le départ d’EFRACAM de plusieurs membres, dont l’un des membres fondateurs, pour aller créer une autre entité, Élus de la Diaspora Camerounaise (EDC), dont la présidente et d’autres élus professionnels s’offusquaient de ce que les textes régissant le fonctionnement d’EFRACAM n’ont jamais été respectés, notamment en matière d’alternance à la présidence de l’association entre les élus détenteurs d’un mandat politique et les élus professionnels. L’affaire doit d’ailleurs arriver devant le tribunal judiciaire de Créteil début novembre 2026. Moins de deux et demi après, c’est encore cette gouvernance associative qui fait imploser l’équipe élue en juin 2024. « Déjà le 13 septembre 2025, le président du Comité des Sages que j’étais déplorait dans un courrier adressé au président d’alors M. Pierre De Gaétan Njikam, une centralisation excessive du pouvoir décisionnel au détriment de la collégialité, ignorant les principes fondamentaux de transparence d’éthique et de performance. Une absence de consultation des instances compétentes et marque de respect des statuts et du règlement intérieur, à l’exemple de la fermeture du groupe WhatsApp sans concertation avec le Bureau, par lequel nous communiquions ensemble, pour ne le laisser ouvert que pour le président et sa vice-présidente, les seuls administrateurs », confiait en août dernier, Dr Georges Kibong À Mira, qui a été porté à la tête de EFRACAM à l’issue des Assemblées générales ordinaires et extraordinaires du 4 juillet 2026, à l’Hay-les-Roses. Il poursuit : « Par ailleurs la gestion opaque des finances était devenue le mode normal de fonctionnement. Enfin, le recrutement des nouveaux membres se faisait en violation totale des clauses statutaires ». Et de marteler comme pour s’en plaindre : « En tant que président du Comité des Sages, j’ai demandé une révision en profondeur ders statuts et du règlement intérieur pour assurer leur pérennité, puis la réévaluation des mécanismes de décisions avec répartition claire des rôles dans les statuts, ainsi qu’une ouverture au dialogue. »
« Bientôt une assignation devant le tribunal »

Pierre de Gaétan Njikam Mouliom, président élu d’EFRACAM en juin 2024, et dont la gouvernance est contestée par une partie des membres de l’ancien bureau, rejette toutes les accusations dirigées contre sa gestion par ceux-là qu’ils considèrent comme « incompétents », puisqu’ « ils n’ont pas compétence pour convoquer une Assemblée générale selon les statuts et le règlement intérieur de l’association en vigueur modifiés à Bordeaux en novembre 2025, et sur lesquels ils auraient dû se baser. Comme le leur a rappelé la Sous-Préfecture compétente au siège de l’Association, soit celle de l’Hay-les-Roses, ces statuts et le règlement intérieur ont été notifiés à Hermine Rigaud, trésorière d’EFRACAM, là où l’association avait son siège. Elle ne peut donc pas faire semblant de l’ignorer ». S’interrogeant par ailleurs sur le timing choisi par les membres « frondeurs », Pierre De Gaétan rappelle qu’il a tenu compte des suggestions des uns et des autres pour instaurer le dialogue et « laver le linge sale en famille », précisant que c’était le sens de l’Assemblée générale ordinaire convoquée à Bordeaux pour le 13 août 2026, soit une semaine après les premières Assises organisées au Cameroun, en juillet. Une initiative visiblement un peu tard pour les membres frondeurs qui étaient déjà passés à autre chose, confirmant par exemple à son poste, le Représentant d’EFRACAM libéré de ses mission quelques semaines plus tôt. « Elie Ikouti, se dit Consultant C’est un monsieur que je ne connais pas. C’est Alphonse Gwet, un de nos membres, qui me l’a conseillé. Quand je le rencontre, je me rends compte que ce n’est pas le bon profil », raconte Pierre De Gaétan Njikam Mouliom, insistant : « Lors de la 2è entrevue, il me présente des états de 600 mille F CFA, pour des démarches d’habilitation de l’association. Je lui fais une avance de 200 mille FCFA. J’en parle à l’assemblée générale EFRACAM, en février 2026, qui me donne quitus de mettre fin à sa mission. Mais, il restait toujours le reliquat de 400 mille F CFA. Ensuite, il m’annonce que l’agrément de représentativité d’EFRACAM au Cameroun coûte 8 millions FCFA. C’est à la suite de cela que je lui adresse formellement une lettre le limogeant le 8 juillet 2026, en accord avec l’Assemblée générale qui m’en avait donné l’autorisation depuis le mois de février. Aujourd’hui, M. Ikouti et M. Kibong font le tour des institutions et des médias pour se faire connaître. Partout où ils passent, je suis systématiquement informé ». Et de conclure : « Face à cette situation, qui nous continuons à travailler. Je vais recevoir les membres de l’Association pour une réunion de rentrée d’ici la fin de l’année. Parallèlement, dans les prochains jours, il y aura une assignation devant le tribunal judiciaire de Paris, en attendant de passer au pénal. »
EFRACAM contre EFRACAM, c’est donc avant tout une bataille sur le mode de gouvernance d’une association avec en filigrane, la question de respects ou non des statuts et règlement de l’association. Mais aussi une discorde de équipes de deux fortes personnalités. L’équipe Kibong À Mira dit ne s’être plus reconnue dans une structure dirigée de manière autoritariste pour ne pas dire dictatoriale par ceux qu’ils appellent désormais les « anciens dirigeants ». Ces derniers, de leur côté soulignent, ironiques : « Aucun des membres sécessionnistes n’a fait son travail depuis deux ans. » Deux approches devenues irréconciliables ? Wait and see !
Pour l’heure, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi les Camerounais, d’origine ou de nationalité, ont tant de mal à travailler ensemble même lorsqu’ils portent un même projet.
Enquête Menée par Jean-Célestin Edjangué à Paris

