Conseiller politique, Délégué Général d’Open Africa!, Président Association Banlieue Citoyenne, ce camerounais d’origine, très investi au 1er tour des législatives dans la 10ᵉ circonscription des Français de l’Étranger, parle de son engagement et analyse l’État de la démocratie en Afrique.

Vous avez été dirigé la campagne des législatives 2022, dans la 10e Circonscription des Français de l’étranger, dont le 1er tour a eu lieu dimanche 5 juin. Comment s’implique-t-on à une élection législative, en France, quand on est Camerounais d’origine ?

Le premier élément, et pas du moindre, c’est de se sentir citoyen français à part entier et participer de manière active à la vie de la cité. La transformation du contexte politique au début des années 2000 avec émergence de la notion de diversité pouvait faire espérer un changement. En effet, bien que totalement flou, ayant tendance à désigner les outsiders dans un ensemble mêlant tout en même temps femme, handicapé, issu de l’immigration, voire même appartenance aux classes populaires, à la banlieue, etc., la diversité connait un succès plus important. Je dois vous rappeler que je suis membre fondateur du parti Les Républicains et cela n’a pas empêché que ma demande d’investiture dans la circonscription des Yvelines soit rejetée. Je veux démontrer qu’il subsiste des français d’origine africains, intègre et épris de convictions. À l’heure où, si courageusement, certains africains vivant en France veulent faire sortir la France du continent africain.

Quels enseignements tirez-vous du fonctionnement de la démocratie en France par rapport à nombre de pays en Afrique ?

Si la démocratie en France n’est pas parfaite, elle existe, le principe est appliqué dans tous les actes du gouvernement, y compris les élections. En Afrique, malheureusement, on voit beaucoup de pays qui, partant d’une sorte de démocratie, virent vers des régimes autoritaires. Je pourrais malheureusement pointer d’un doigt accusateur mon pays d’origine, le Cameroun. Népotisme, corruption en sont les causes principales, d’autant que les présidents sortants ont pris la mauvaise habitude de vouloir modifier la constitution en place à leur profit ou au profit de leur entourage. Conserver le pouvoir par tous les moyens devient la norme. La France, comme les pays de l’Union Européenne, est un pays démocratique. Est-ce que c’est définitivement établi ? Non, il y a actuellement des tentatives de déstabilisation de la démocratie. On voit même des régimes libéraux émerger au sein de l’UE. La démocratie demande un combat de tous les instants.

En quoi l’engagement politique peut-il participer à la formation de citoyenneté et à la construction de la démocratie ?

L’engagement politique est un choix, pas une obligation. Ceux qui choisissent cette option participent à la vie de la nation d’une façon plus engagée que celles et ceux qui se contentent de voter. C’est le militantisme, qui propose un espace de réflexion, de discussion, de participation à la décision, voire de candidature au travers de l’appartenance à un parti politique. Cela demande du temps, une implication financière, une responsabilité, à celles et ceux qui considèrent qu’il faut être acteur et non seulement spectateur dans la vie politique. Sans ces partis, il y a un amoindrissement de la démocratie et une désaffection de la citoyenneté. On ne peut se contenter d’attendre tout de la politique, de seulement en profiter à l’occasion, c’est le principe de la corruption, il faut vouloir la démocratie pour l’avoir, vouloir la République pour la faire vivre.

Recueilli par Jean-Célestin Edjangué

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