Femme exceptionnelle, cette Camerounaise d’origine, qui n’a pas hésité à reprendre des études à 45 ans, pour obtenir un doctorat en linguistique anglaise, enseignante à l’université de Friburg, en Allemagne, est aussi une actrice de la société civile.

« Je suis Bridget Fonkeru, linguiste, enseignante à l’Université de Friburg, en Allemagne, et maman de quatre grands enfants. ». Cette Camerounaise d’origine, actrice de la société civile au pays d’Angela Merkel, est une personnalité rare. Son parcours n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille Outre-Rhin. « Nous sommes arrivés en Allemagne comme exilés. À cause de mes enfants, j’ai exercé toutes sortes de métiers, différents jobs », explique Mme Fonkeu, insistant : « J’ai fait du nettoyage, travaillé dans la cuisine, avant de me décider de reprendre mes études à l’université où j’ai fait mon master en linguistique, à l’âge de 45 ans. J’ai eu un doctorat en linguistique anglaise ».

Auteure

Derrière son caractère bien trempé, Bridget Fonkeu est une pédagogue intraitable. Quand lorsque, dans le cadre de l’un des ateliers qu’elle a animé lors du premier dialogue des diasporas africaines en Europe, du 19 au 21 août 2022 à Dortmund, sur les problèmes des femmes migrantes, elle a mis tout le monde à contribution, scindant les participants en deux groupes pour recueillir l’essentiel de ce qu’ils avaient à apporter. Le tout en s’appuyant sur un questionnaire très pertinent, qui a permis d’obtenir l’adhésion de tous. Mme Fonkeu est surtout une auteure prolixe et qui parle plusieurs langues. « Je maîtrise le français, l’anglais, le pidgin et l’Allemand », indique-t-elle, quand je lui demande si ce n’est pas difficile d’enseigner la linguistique anglaise aux Allemands alors qu’on est Camerounaise. Le Cameroun dont elle garde un souvenir un peu malheureux du dernier voyage qu’elle y a effectué.

Inquiétudes

« Beaucoup de choses ont changé. Je vous raconte une anecdote. Avant de venir ici, je pensais que la Colonisation était une bonne chose. Un jour, alors que j’enseignais des enfants, je leur ai annoncé que les pays qui ont colonisé le Cameroun étaient l’Angleterre puis la France. Les élèves m’ont rétorqué que ce n’était pas une bonne chose. C’est là que j’ai pris conscience que c’était effectivement mauvais. Et l’image que j’avais de l’homme blanc en a pris un coup. Pour revenir à votre question sur le Cameroun, ce que j’ai vu lors du mariage de la fille, il y a 5 ans, est très négatif. Bonamoussadi où j’ai ma maison, n’est plus comme c’était avant. Un fait m’a particulièrement marqué. J’ai vu un benskin qui transportait une femme et un gars a tiré le sac de la dame qui a failli tomber de la moto. J’en suis encore choquée ». Et la situation dans le NoSo n’est pas faite pour la rassurer, elle qui voulait construire sa maison de retraite à Buea. « Avec cette guerre, on ne sait plus quoi faire. On a pris un autre terrain ailleurs, mais le cœur n’y est pas ».

J.-C.E à Dortmund

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