C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès de Monsieur Joseph Yebga Maya, né le 8 avril 1944 à Otélé, au Cameroun, et décédé le 4 octobre 2026 à Chambéry, en France.
Avec sa disparition, le Cameroun, l’Afrique et le football mondial perdent l’un de leurs plus illustres ambassadeurs. Une légende s’en est allée. Un monument du football camerounais et marseillais nous quitte, laissant derrière lui un héritage sportif et humain d’une valeur inestimable.
Avant-centre emblématique des Lions Indomptables, Joseph Yebga Maya a porté avec honneur les couleurs du Cameroun lors de la Coupe d’Afrique des Nations de 1972 organisée sur le sol camerounais. Doté d’une puissance physique exceptionnelle, d’un sens du but rare et d’une technique remarquable, il demeure l’un des plus grands attaquants de sa génération.
Sous les couleurs de l’Olympique de Marseille, il a écrit certaines des plus belles pages de l’histoire du club. Auteur de 113 buts en première division, à une époque où les compétitions étaient particulièrement exigeantes et les occasions plus rares, il demeure l’un des plus grands buteurs de tous les temps du club phocéen. Il participa notamment à la conquête de la Coupe de France grâce à un but victorieux resté gravé dans les mémoires et qui suscita d’innombrables commentaires dans la presse sportive de l’époque.
Sa carrière aurait pu atteindre des sommets encore plus élevés si le destin n’en avait décidé autrement. En 1975, alors qu’il n’avait que 31 ans et se trouvait au sommet de son art, une grave blessure au genou provoquée lors d’un choc avec un gardien mit brutalement fin à sa carrière. À cette époque, le football ne bénéficiait pas encore des protections réglementaires dont jouissent aujourd’hui les joueurs. Le football perdit alors prématurément l’un de ses plus redoutables attaquants.
Mais si sa carrière fut interrompue, son influence, elle, ne s’est jamais éteinte.
Pour toute une génération de Camerounais et d’Africains des années 1970 et 1980, Joseph Yebga Maya était un modèle, une référence, une source d’inspiration. Les jeunes découvraient ses exploits à travers les journaux et les magazines sportifs, rêvant d’imiter celui qui incarnait l’excellence, le courage et le dépassement de soi.
Les supporters marseillais l’avaient affectueusement surnommé « ZE », diminutif de Joseph. Des décennies après son départ, son souvenir demeure vivant dans la mémoire collective du Vélodrome. Son nom continue de résonner dans les travées du stade où il fit vibrer les foules grâce à son talent de buteur hors pair.
Ceux qui veulent davantage connaitre sur ce Bassa, digne fils du Cameroun peuvent consulter la légende des grands footballeurs de tous les temps sur www.football-the-story.com . Son parcours donne des frissons. C’est un colosse qui nous quitte, une légende à Marseille, une icône au Cameroun et en Afrique.
L’émotion suscitée par sa disparition s’est manifestée bien au-delà des frontières du Cameroun. Parmi les hommages les plus marquants figure celui de Joseph-Antoine Bell, autre immense figure du football camerounais et ancien gardien de l’Olympique de Marseille, qui rappela avec émotion que Joseph Yebga Maya était son aîné au sein du prestigieux club marseillais et qu’il était resté profondément respecté de tous ceux qui l’avaient connu.
La famille Maya elle-même appartient au patrimoine du football camerounais. Son frère cadet, Martin Maya, restera dans l’histoire pour avoir inscrit à Kénitra, au Maroc, le but décisif ayant contribué à la qualification du Cameroun pour la Coupe du Monde 1982 en Espagne. Les Maya demeurent ainsi une véritable dynastie de grands attaquants ayant marqué l’histoire du football national.
Au fil de nombreux entretiens que j’ai eu l’honneur d’avoir avec lui, Joseph Yebga Maya partageait avec lucidité sa vision du football. Évoquant la CAN de 1972, il estimait que le Cameroun disposait alors du talent nécessaire pour remporter la compétition mais avait souffert d’une préparation insuffisante. Avec une sincérité désarmante, il racontait être arrivé au Cameroun à ses propres frais seulement trois jours avant le début du tournoi. Pour lui, cette situation illustrait les insuffisances organisationnelles de l’époque.
Son analyse du football restait celle d’un grand avant-centre. Il expliquait que l’efficacité devait toujours primer sur le spectacle. Selon lui, lorsqu’un attaquant de pointe appelle le ballon, c’est souvent parce qu’une occasion de but se présente. Il regrettait que certaines actions prometteuses aient été perdues en raison de choix tactiques inadaptés, empêchant les attaquants d’exprimer pleinement leur potentiel. Les spectateurs et certains journalistes non spécialisés ne comprenaient pas que le football ne se réduisait pas au spectacle. Derrière ces réflexions se révélait toute sa connaissance du jeu et toute l’expérience acquise au plus haut niveau en France et en Europe.
Parlant de Roger Milla, il se souvenait avec admiration du jeune talent qu’il avait observé dès 1972. Alors que Roger Milla n’était encore qu’un espoir du football camerounais, Joseph Yebga Maya avait déjà perçu son immense potentiel. Les succès ultérieurs de celui qui deviendra l’un des plus grands footballeurs africains de l’histoire n’avaient donc rien de surprenant à ses yeux.
Après sa carrière, il demeura profondément attaché aux Lions Indomptables. Avec fierté, il évoquait l’accueil qu’il réserva aux joueurs de la sélection nationale à Béziers lors de leur préparation à la Coupe du Monde 1982. Convaincu que la réussite naît d’une organisation rigoureuse, il rappelait souvent que les performances sportives trouvent leur origine dans la qualité de la préparation.
Aujourd’hui, c’est donc une figure majeure du patrimoine sportif africain qui disparaît.
Joseph Yebga Maya n’était pas seulement un grand footballeur. Il était un symbole de détermination, d’excellence et de patriotisme. Il incarnait une génération de pionniers qui ont ouvert la voie aux succès du football camerounais moderne et contribué au rayonnement du continent africain sur la scène internationale.
Un vibrant hommage solennel lui sera rendu le 25 octobre 2026 au Stade Vélodrome, à l’occasion de la rencontre opposant l’Olympique de Marseille au Havre AC. Les Camerounais, les Africains de France, les passionnés de football et tous ceux qui admirent les grandes figures de ce sport sont invités à s’associer à ce moment de recueillement et de reconnaissance.
Sa dépouille arrivera probablement à Douala au Cameroun pour les derniers moments de recueillement, de gratitude et d’hommage.
Le football camerounais perd l’un de ses plus grands serviteurs.
Le Cameroun perd un de ses fils les plus illustres.
L’Afrique perd une légende.
Joseph Yebga Maya entre désormais dans l’éternité des grands noms qui ont marqué l’histoire du football.
Que son âme repose en paix et que son souvenir demeure à jamais vivant dans le cœur des générations présentes et futures.
Par Me Jean-Daniel Likalé
Avocat parisien et beau-frère de M. Joseph YEBGA MAYA

