La promotion du millet, sorgho, teff, fonio, maïs et des légumineuses (manioc, patate douce, igname, banane, plantain), pour relever les productions agricoles des deux sous-régions, s’invite au 2ᵉ Salon des Produits et services inspirés de l’Afrique et de l’Outre-mer(PSAO), à Douala au Cameroun, les 1er et 2 juillet prochains.

L’image est encore gravée dans toutes les mémoires. Macky Sall, président du Sénégal et président en exercice de l’Union africaine (Ua), en visite officielle à Sotchi, en Russie, pour plaider la cause de l’Afrique auprès de Vladimir Poutine, qui bloque des millions de tonnes de blé dans les ports ukrainiens. Résultat de cette situation, les prix flambent et des pays entiers sont menacés de famine. Le 6 juin 2022 sur Euronext, la tonne de blé a clôturé à 397,50 euros (+ 19,25 euros par rapport à la séance précédente) sur l’échéance de septembre et à 392,00 euros (+ 18,75 euros) sur l’échéance de décembre. Le lendemain, 7 juin, le rapport ‘’Hotspots de la faim – Alertes précoces FAO-PAM sur l’insécurité alimentaire aiguë’’, publié le même jour, appelle à une ‘’action humanitaire urgente’’ dans 20 ‘’hotspots de la faim’’ où la faim aiguë devrait s’aggraver de juin à septembre 2022.

Une conjonction de facteurs

Les conclusions de cette étude laissent entrevoir une conjonction de facteurs à l’origine de cette situation : «  parallèlement aux conflits, les chocs climatiques fréquents et récurrents continuent d’entraîner une faim aiguë et montre que nous sommes entrés dans une ‘’nouvelle normalité’’ où les sécheresses, les inondations, les ouragans et les cyclones déciment à plusieurs reprises l’agriculture et l’élevage, entraînent des déplacements de population et poussent des millions de personnes au bord du gouffre dans les pays du monde entier », souligne le rapport prévenant : « les tendances climatiques inquiétantes liées à la Niña depuis la fin de 2020 devraient se poursuivre jusqu’en 2022, entraînant une augmentation des besoins humanitaires et une faim aiguë ».  Ce d’autant qu’ : «  Une sécheresse sans précédent en Afrique de l’Est affectant la Somalie, l’Éthiopie et le Kenya entraîne une quatrième saison des pluies consécutive inférieure à la moyenne, tandis que le Soudan du Sud fera face à sa quatrième année consécutive d’inondations à grande échelle, qui continueront probablement à chasser les gens de leurs maisons et à dévaster les cultures et la production animale ». Le document poursuit sous forme d’alerte : « des pluies supérieures à la moyenne et à un risque d’inondations localisées au Sahel, à une saison des ouragans plus intense dans les Caraïbes et à des pluies inférieures à la moyenne en Afghanistan – qui est déjà sous le choc de multiples saisons de sécheresse, de violence et de bouleversements politiques ».

Différentes stratégies africaines

La situation de crise céréalière est très inégale du nord au sud de l’Afrique. Ce sont surtout les pays d’Afrique du Nord qui dépendant du blé importé d’Ukraine et de Russie. Il n’est donc pas étonnant que cette nouvelle flambée des prix conduise l’Égypte et la Tunisie, par exemple, à s’organiser pour constituer leurs stocks, pendant que le Nigeria, le Burkina Faso ou la Côte d’Ivoire, bloquent l’exportation des céréales locales. Ces mesures n’en demeurent pas immédiates, urgentes. Nombre de pays africains, surtout d’Afrique subsaharienne, ont décidé depuis plusieurs années déjà, de diversifier leur régime alimentaire en misant sur les céréales locales tant les légumineuses que les tubercules : mil, sorgho, haricot (niebé), patate douce, igname, banane plantain… incontournables dans l’alimentation quotidienne et facilement transformable en farine. Dans de nombreux villages, en Afrique de l’Ouest et de l’Est, le pain enrichi aux farines locales à base de millet, de sorgho, de teff, de fonio, de maïs, de patate, de manioc ou encore de banane plantain est une réalité. Au Sénégal, le tapalapa, un pain à base de quatre farines (blé, mil, maïs, niebé), a le vent en poupe, très apprécié pour son prix, mais aussi pour ses qualités nutritionnelles, parce que plus complet. Dans le même sens, à Yaoundé, au Cameroun, Guy Nganta confectionne son pain avec des farines de patate douce et de manioc, moins chères que la farine de blé, tout comme se multiplient ailleurs sur le triangle national, des fabriques de biscuits et gâteaux à base de farine de manioc. Ces pratiques d’intégration des farines locales, à moindre coût, permettent de réduire les importations de blé, maïs et d’autres céréales éventuelles, en faisant la promotion et valorisation des produits du cru. Pour la Banque africaine de développement (BAD) « le salut de l’Afrique viendra de sa capacité à assurer sa souveraineté alimentaire ». L’institution financière, mobilisée depuis 2020 pour parer aux effets de la Covid-19, a décidé de la mise sur pied d’un plan accéléré d’un milliard de dollars pour à la fois encourager la production de blé en Afrique et lutter contre les pénuries alimentaires.

Par Jean-Célestin Edjangué

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