Le rappel de l’écrivain, délégué général du Festival « Ecrans noirs », auprès des Ancêtres, le 12 mai dernier de suite de maladie, à Yaoundé, bouleverse d’émotion, le milieu cinématographique africain dans l’hexagone.

« Je viens d’apprendre avec beaucoup de peine le départ de notre frère BBK ». Quand je le contacte, mercredi 13 mai, dans la journée, pour un témoignage sur Bassek Ba Kobhio, le père de Sango Malo, livre qu’il a porté à l’écran, David Pierre Fila, réalisateur Franco-Congolais, né à Brazzaville et vivant en France, semble déboussolé, comme amputé d’une partie de lui-même, celle représentant celui qu’il considère comme son frère. Puis, comme pour lui rendre hommage, la mémoire reprend son activité de rappel des souvenirs, aussi lointains qu’ils remontent, aussi profondément soient enfouis.

« Les écrans continueront à porter son souffle »

« Avec Écrans Noirs, il a transformé Yaoundé. Pas juste une capitale : un vrai lieu de rencontre, d’images et de voix, où le cinéma d’Afrique centrale attirait le monde entier. Il avait cette foi discrète des bâtisseurs, ceux qui tracent des chemins là où d’autres ne voient que des limites.

Grâce à lui, des cinéastes ont trouvé un chez eux, des histoires africaines ont pris la lumière. Pour beaucoup d’entre nous, il était aussi un frère de cinéma et de vie, avec une élégance de cœur qui devient si rare », raconte M. Fila, à la manière d’un réalisateur. David Pierre poursuit : « Son absence laisse un grand vide. Mais les grandes âmes ne disparaissent jamais vraiment, elles restent dans les œuvres, les rencontres, les prises de conscience qu’elles ont rendues possibles. Yaoundé portera longtemps sa marque. Et quelque part, les écrans continueront à porter son souffle ».

Le jeune réalisateur camerounais domicilié en France, Francis Berenger Mendjiengoue Djouakoua, initiateur de la plate- forme « Viens regarder les films en salle de cinéma », qui promeut la diffusion des productions cinématographiques africaines et afro-descendantes dans l’hexagone, a du mal à cacher son émotion. « C’est un lion indomptable du cinéma, de la culture camerounaise et africaine qui vient de partir, avec le décès de Bassek Ba Kobhio. Pour les jeunes africains, notamment des jeunes réalisateurs de films, c’est une légende », affirme-t-il. Quant à savoir comment il a appris la terrible nouvelle du rappel de Bassek auprès des ancêtres ? Sa réponse est sans hésitation. « C’est par ma petite sœur, qui m’a envoyé une photo indiquant la mort de Bassek Ba Kobhio, que j’ai appris qu’il était passé de vie à trépas. J’ai immédiatement contacté mon ami, le réalisateur Thierry Ntammag, qui était très proche de Bassek. C’est lui qui m’a confirmé la nouvelle. Le monde du cinéma et de la culture est en deuil au Cameroun et en Afrique ». Et de se remémorer les souvenirs de la première rencontre de l’élève avec le maître.

« Un homme sérieux, direct, chaleureux »

« J’ai rencontré M. Bassek Ba Kobhio, pour la première fois en 2002-2003, au CFPA, à Yaoundé, j’étais alors étudiant dans les métiers du cinéma, me destinant à devenir réalisateur. Bassek donnait une conférence sur le métier de réalisateur. Un technicien du son lui avait alors posé la question de savoir : « si lors d’un tournage, un réalisateur se trompe sur un plateau et que l’on s’en aperçoive, qu’est-ce que l’on fait ? » Réponse de Bassek Ba Kobhio « Si le réalisateur se trompe, trompez-vous avec lui. En d’autres termes, il faut suivre le réalisateur même lorsqu’il se trompe. C’est réponse m’avait profondément marqué, par son originalité, l’aspect assumé de la situation même lorsqu’on se trompe. Ce qui veut dire assume ses responsabilités jusqu’au bout ». Francis Berenger garde de Bassek Ba Kobhio, l’image de « quelqu’un de très concentré, très sérieux, qui riait peu. Il fallait bien réfléchir avant de lui parler, avant de lui adresser la parole ».

J’ajouterai, pour ma part, que BBK était surtout un homme chaleureux, qui savait prêter l’oreille pour être à l’écoute, ce qui lui conférait également un rôle de conseiller, tant il était naturellement bienveillant. « JC, comme il m’appelait, je suis très heureux de te revoir. Essayons de nous appeler plus souvent », m’avait-il suggéré, en décembre 2025, lors du 1er Festival Mouna TABA, à l’Espace culturel Ade NIBA, à Yaoundé.

Toute notre compassion à la famille et aux proches. Que la terre des Ancêtres soit douce et légère à Bassek Ba Kobhio, dont l’empreinte à la promotion de la culture au Cameroun, en Afrique et dans le monde, restera indélébile pour le bonheur de l’humanité.

Par Jean-Célestin Edjangué

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