Il aurait été abattu par les forces de l’ordre, en marge de la manifestation contre la hausse du prix du carburant, mercredi 1er juin, dans la capitale de la Guinée. Il avait 18 ans.

Difficile de répondre avec exactitude à cette question, pour l’instant. L’émotion qui s’est emparée des populations, bien au-delà du périmètre d’habitation de ses parents, reste vive. Les guinéens, dans une large majorité, ne comprennent pas que le gouvernement de Transition au pouvoir depuis la chute du président Alpha Condé, utilise à son tour des armes pour réprimer des manifestations. Les mêmes causes produisant les mêmes effets…

L’axe Hamdallaye-Bambéto

Au lendemain de l’augmentation effective du prix du carburant à la pompe, le 1er juin 2022, une manifestation spontanée se met en route sur l’axe Hamdallaye-Bambéto, réputé pour être un des secteurs névralgiques de Guinée. C’est là, en marge de la manifestation contre la hausse du prix du carburant, Thierno Mamadou Diallo, 18 ans, élève de la 10ᵉ année, qui préparait le BEPC, aurait été mortellement touché par une balle tirée, semble-t-il du côté des forces de l’ordre. Le jeune Mamadou Diallo aurait reçu une balle sur la tête, alors qu’il était chez lui, sans la moindre chance de s’en sortir. La nouvelle de sa mort s’est propagée comme une traînée de poudre en Guinée et à l’extérieur du pays, relayée par les réseaux sociaux et les médias ordinaires.

« Les armes de guerre »

 Les réactions de ce que certains qualifient déjà d’assassinat n’ont pas tardé à se faire entendre. Ainsi, le FNDC, qui « condamne fermement cet acte des services de sécurité » qui lui sont « inadmissibles », a rapidement réagi via un communiqué publié le même jour : « Au lendemain de l’augmentation du prix du litre du carburant à la pompe, des citoyens guinéens ont exprimé leur mécontentement face à cette décision qui contribuera, à coup sûr, à détériorer davantage leurs conditions de vies déjà précaires. Les forces de défense et de sécurité déployées pour le maintien de l’ordre, ont utilisé les armes de guerre contre leur propre population causant ainsi la mort d’un jeune manifestant », indique le communiqué, continuant : « La coordination nationale du FNDC tout en regrettant cet assassinat odieux d’un citoyen qui exprime pacifiquement son mécontentement à l’endroit des autorités, présente ses sincères condoléances à la famille endeuillée et par la même occasion invite la justice à sévir contre les auteurs » Et d’insister : « La coordination nationale du FNDC rappelle que la répression sanglante des manifestations par les forces de défense et de sécurité contraste avec le discours de prise de pouvoir du Colonel Doumbouya qui fustigeait les tueries lors des manifestations et qui s’était engagé à ne pas commettre les mêmes que ses prédécesseurs. Malheureusement, la Coordination nationale du FNDC constate que le CNRD comme les régimes précédents qui, au lieu d’apporter des solutions idoines aux problèmes des populations, devient de plus en plus violent dans sa démarche ». Pour sa part, le ministère de la Justice indexe le comportement des policiers qui ont commis l’acte irréparable d’ôter la vie à un citoyen qui manifestait dans la rue, expliquant que de tels actes vont à l’encontre de la nouvelle vision des autorités de transition dont le discours, en matière de gouvernance, a toujours été de répondre aux préoccupations des citoyens guinéens.

Droit de manifester

Quelques jours avant la manifestation qui a conduit à la mort du jeune Thierno Mamadou Diallo, le 1er juin, l’ONU, réagissant à un communiqué du CNDR, avait demandé, le 30 mai, à la junte au pouvoir de rétablir le droit de manifester sur la voie publique. « Le Haut-Commissariat des Droits de l’Homme de l’ONU n’a pas demandé à la junte d’accepter les manifestations, mais de révoquer sa décision qui est une décision liberticide. Et qui viole à la fois la charte de la transition dans ses dispositions 8 et 34 et qui viole aussi les droits fondamentaux prescrits par des traités et conventions auxquels la Guinée est signataire », confie à nos confrères de 224 infos, Sékou Koundouno, du Haut-Commissariat des Droits de l’Homme de l’ONU.

Ce droit de manifester avait été interdit par l’organe dirigeant de la junte « jusqu’aux périodes de campagne électorale ». La mort du jeune Thierno Mamadou Diallo, chez lui, en marge de la manifestation du 1er juin contre la hausse des prix de carburant à la pompe, à Conakry, sonne comme une alerte. La guerre en Ukraine et ses conséquences dans l’économie mondiale, risque de provoquer beaucoup plus de manifestations en Afrique et par ricochet, la répression des forces de l’ordre. Interrogé par nos confrères de 224 infos, Alpha Issiaga Diallo, le grand-frère du défunt, a évoqué les circonstances de sa mort : « Les balles ont percé la fenêtre avant de toucher à la tête de mon frère », a-t-il indiqué avant d’annoncer qu’une plainte serait déposée dans les prochains jours contre X, afin de rechercher les causes exactes de la mort de Thierno Mamadou Diallo.

Par Jean-Célestin Edjangué

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