Journaliste, vivant aux Etats-Unis d’Amérique, ancien chef de service des sports du quotidien Le Messager ayant couvert une dizaine de Coupes d’Afrique des Nations, deux Coupes du Monde et plusieurs autres compétitions sportives – football et autres disciplines – à travers la planète, ce Camerounais d’origine par ailleurs enseignant de Français, nous partage son regard sur la Coupe du monde de football Fifa 2026 qui se déroule jusqu’au 19 juillet aux Etats-Unis, au Canada et Mexique, en s’attardant davantage sur les sélections africaines. Renversant !
Quel regard l’ancien chef de service Sports du quotidien camerounais Le Messager porte-t-il sur le déroulement et l’organisation générale de la Coupe du monde de football Fifa 2026 ?
Le regard que je porte sur cette Coupe du monde 2026 organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique est à la fois admiratif, critique et prospectif. D’entrée de jeu, je pense que, cette Coupe du monde 2026 restera sans doute comme celle de tous les superlatifs. Elle marque une nouvelle ère pour le football mondial, tant par son format inédit à 48 équipes que par l’ampleur de son organisation sur trois pays. Sur le plan organisationnel, il faut reconnaître que les trois pays hôtes ont démontré une remarquable capacité logistique. Les infrastructures sportives, les réseaux de transport, les dispositifs de sécurité et les capacités d’accueil ont globalement répondu aux attentes d’un événement de cette envergure. La qualité des stades, la fluidité des opérations et l’utilisation des nouvelles technologies témoignent d’une préparation minutieuse. Cependant, cette réussite organisationnelle ne doit pas masquer certaines interrogations. L’extension du tournoi à 48 nations et 104 matchs constitue un défi majeur pour la lisibilité de la compétition. Si cette formule favorise une plus grande représentativité du football mondial, notamment pour les nations africaines et émergentes, elle soulève également la question de la surcharge du calendrier et du risque de dilution de l’intensité sportive qui faisait le charme des précédentes éditions.
L’autre aspect marquant concerne la dimension économique. Jamais une Coupe du monde n’avait généré autant d’enjeux financiers, commerciaux et médiatiques. Les retombées attendues sont considérables, même si plusieurs experts relativisent l’impact économique réel à long terme pour les pays organisateurs. D’un point de vue sportif, cette édition confirme l’internationalisation croissante du football. Les performances encourageantes de plusieurs sélections africaines et des pays hôtes démontrent que l’écart entre les nations traditionnelles du football et les outsiders tend progressivement à se réduire. En définitive, je résume en disant que cette Coupe du monde 2026 est un succès organisationnel incontestable et une vitrine exceptionnelle pour le football mondial. Mais elle pose également la question essentielle de l’équilibre entre expansion économique, spectacle médiatique et préservation de l’âme sportive de la plus prestigieuse compétition de football au monde.
L’Afrique a réussi à qualifier 9 de ses 10 participants, pour les 16èmes de finale. Qu’est-ce que cela dit sur l’évolution et la valeur du football africain aujourd’hui ?
Le fait que 9 des 10 représentants africains aient franchi le premier tour de la Coupe du monde 2026 constitue bien plus qu’une simple performance statistique : c’est la confirmation que le football africain est entré dans une nouvelle dimension. Ce n’est plus un exploit ponctuel, c’est désormais une tendance lourde qui traduit la maturité du football africain. Malheureusement, dans le cadre de la première seizième de finale jouée dimanche 28 juin dans l’après-midi, l’Afrique du Sud est tombée face au Canada 0 but contre 1, tout comme la Côte d’Ivoire devant la Norvège (1-2), mardi 30 juin, puis la Rd Congo devant l’Angleterre (1-2), le Sénégal face à la Belgique(2-3). Nonobstant, il apparaît d’abord que l’Afrique a considérablement réduit l’écart tactique et organisationnel qui la séparait autrefois des grandes nations du football mondial. Pendant longtemps, le talent individuel africain n’était plus à prouver, mais les lacunes concernaient souvent l’organisation collective, la préparation stratégique et la gestion des grands rendez-vous. Aujourd’hui, ces faiblesses tendent à disparaître. Ensuite, cette réussite valide les investissements réalisés depuis plusieurs années dans la formation des jeunes, les centres techniques, l’encadrement et l’exportation des joueurs vers les grands championnats européens. Les parcours du Maroc, demi-finaliste en 2022, puis les performances du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de l’Égypte, du Ghana, de la RD Congo, l’Algérie ou encore du Cap-Vert, en 2026 ne relèvent plus du hasard. Cette qualification massive révèle également une diversification des forces africaines. Jadis, l’Afrique reposait essentiellement sur quelques locomotives historiques comme le Cameroun, le Nigeria, l’Égypte ou le Maroc. Aujourd’hui, des nations considérées naguère comme secondaires, à l’image du Cap-Vert, la RD Congo, démontrent qu’elles peuvent rivaliser avec les meilleures sélections mondiales. Par ailleurs, cette performance constitue un argument puissant dans le débat sur la représentation africaine au sein des compétitions mondiales. Avec 54 fédérations affiliées à la FIFA, l’Afrique estime depuis longtemps que son poids sportif ne correspondait pas au nombre de places qui lui étaient attribuées. Le fait que 90 % de ses représentants aient atteint les phases à élimination directe renforce considérablement cette position.
Cependant, il convient de rester prudent. Le véritable test du football africain ne sera pas seulement le nombre de qualifiés en phase finale, mais sa capacité à placer plusieurs nations en quarts, en demi-finales, voire à remporter un jour la compétition. L’Afrique n’est plus l’éternel outsider du football mondial. Elle est devenue un acteur majeur, crédible et respecté. La question n’est plus de savoir si une nation africaine peut gagner la Coupe du monde, mais quand elle y parviendra.
Quelle équipe africaine peut, selon vous, aller le plus loin possible dans cette compétition et quel pays voyez-vous la remporter ?
Si je devais me prononcer aujourd’hui, avec le regard d’un journaliste sportif ayant suivi plusieurs générations du football africain, je dirais que le Maroc demeure la sélection africaine la plus susceptible d’aller le plus loin dans cette Coupe du monde 2026. Le choix du Maroc ne relève pas uniquement de l’émotion suscitée par son exceptionnelle demi-finale au Qatar en 2022. Les Lions de l’Atlas possèdent aujourd’hui ce qui a souvent manqué aux sélections africaines dans les grands tournois : une stabilité institutionnelle, une culture tactique affirmée, un effectif expérimenté évoluant au plus haut niveau européen et une grande maîtrise des moments clés. Ils ont démontré qu’ils savaient souffrir, défendre, gérer la pression et battre les plus grandes nations.
Derrière le Maroc, je placerais l’Egypte, dont la puissance athlétique, la discipline collective et l’expérience des compétitions internationales peuvent lui permettre d’atteindre au moins les quarts de finale, voire davantage selon le tableau. Quant au vainqueur final du tournoi, malgré l’extraordinaire progression du football africain, je continue de considérer que l’Argentine demeure le principal favori pour remporter cette Coupe du monde 2026. Son expérience des grandes compétitions, sa profondeur d’effectif et sa capacité à gérer les matchs à élimination directe lui confèrent un léger avantage sur les autres prétendants comme la France, le Brésil l’Allemagne ou l’Espagne.
Recueilli par Jean-Célestin Edjangué

