Il s’est éteint lundi 24 août 2026, dans son domicile à Bonabéri, de suite d’une longue maladie, à l’âge de 80 ans, et déjà inhumé selon ses dernières volontés. On s’est vu lors de la célébration de la fête de l’Unité au Pavillon Royal, dans le 16è arrondissement de Paris, le 20 mai 2025.
« Hey ! Jean-Célestin, comment tu vas ? Ça fait bien longtemps. J’ai appris pour Suzanne, qui nous a quittés. » C’est ainsi qu’il m’a accueilli lorsqu’on s’est vu au Pavillon Royal, dans le 16è arrondissement de Paris, lors de la célébration de la 53è fête de l’Unité, à l’invitation de SEM. André-Magnus Ekoumou, Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire du Cameroun en France, et Mme. Ananie Rabier Bindzi, était comme ça. Très attentionné, sincèrement bienveillant, comme le sont souvent les gens qui ne conçoivent la notion du bonheur que s’il est partagé. Ce qui ne l’empêchait guère de discuter, généralement passionnément, avec des personnes ou confrères dont il n’épousait pas es points de vue. J’ai assisté à des moments inoubliables d’échanges inénarrables, d’une richesse incommensurable, entre Ananie Rabier Bindzi et Suzanne Kala-Lobè.
La mémoire de l’histoire
C’était un style, une manière rare de raconter notre histoire, celle du Cameroun et de l’Afrique. Son regard alerte, sa voix inimitable, son sens communicatif de sa passion journalistique, son travail de travail et dans les archives, nous manqueront à jamais. Le concepteur et présentateur de « La tribune de l’histoire » sur Canal 2 International, au Cameroun, s’en est allé rejoindre les Ancêtres, lundi 24 août 2026, dans son domicile à Bonabéri. Il était né en 1946, à Douala.
Le journaliste a fait ses débuts dans la presse écrite, à Jeune Afrique et à Africa International, avant l’audiovisuel d’abord reporter puis directeur de l’information à Canal 2 International. C’est incontestablement dans cette chaîne qu’il gagnera une popularité au-delà des frontières du triangle national, avec « La Tribune de l’histoire », émission dont il était présentateur. Un programme documenté, nourri par des archives, consacré à l’histoire du Cameroun et celle de l’Afrique, accueillant aussi des témoins de l’ère coloniale, de la décolonisation et de l’indépendance. L’ambition du programme, « transmettre aux générations présentes et à venir la mémoire de l’histoire du Cameroun et de l’Afrique », aimait rappeler le présentateur, conscient qu’un peuple sans mémoire est un peuple qui n’a pas d’histoire.
Ce désir de raconter pour sauvegarder la mémoire par le biais de la transmission, a souvent poussé Ananie Rabier Bindzi à prendre des positions qui pouvaient mettre mal à l’aise les autorités ou des institutions, tant au Cameroun qu’ailleurs en Afrique.
Prises de positions dérangeantes
En 2022, Ananie Rabier Bondzi commente la place des militaires dans la gestion politique des États africains, dans le contexte du coup d’Etat au Burkina Faso. Sujet hautement sensible, qui peut insinuer dans la tête des comparaisons avec d’autres pays. De même, En 2015, une émission consacrée au général Pierre Semengué suscite des critiques publiques sur la présentation de certains épisodes de l’histoire du Cameroun. En juin 2008, il participe à une émission consacrée à l’opération épervier, dans le cadre de la campagne gouvernementale de lutte contre la corruption. Ce qui lui vaut d’être convoqué par la police judiciaire de Douala, alors qu’il est directeur de la coopération internationale de la chaîne de télévision Canal 2 International. Le Comité pour la Protection des Journaliste (CPJ) rapporte que Ananie Rabier Bindzi fait partie des journalistes poursuivis à la suite d’un débat sur les enquêtes visant l’ancien dirigeant de la Camair, pour « commentaires tendancieux » et divulgation d’un document confidentiel, dans le contexte de la surveillance des médias du fait de l’opération épervier.
Doyen des journalistes camerounais, Ananie Rabier Bindzi, décédé le 24 août 2026, dans son domicile, à Bonabéri, Ananie Rabier Bindzi a été inhumé dans la foulée comme il l’avait demandé de son vivant.
Toute notre compassion à la famille, aux amis et proches.
Par Jean-Célestin Edjangué à Paris

