« Culture pour qui ? Développement pour qui ? », s’interrogeait, un tantinet provocateur, le Colloque international, organisé les 7 et 8 juin 2017, à l’EHESS, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Bd Raspail, Paris 6ème, par Anne Doquet (IMAF), Jean Paul Colleyn (IMAF) et Christine Douxami (IMAF) de l’Institut des Mondes Africains. Près de 10 ans après, le lien entre culture et développement, encouragé notamment par des institutions internationales, est particulièrement établi en Afrique occidentale.

En 1969, dans le manifeste culturel panafricain : « la culture devient un élément moteur de développement économique et social et force de transformation du milieu », indique des membres de l’institut des Mondes Africains.

La vision panafricaniste du développement

L’OUA prônait que « Le front de la culture doit succéder au front de la résistance », tandis que Senghor affirmait que « l’homme, c’est-à-dire la culture, était au commencement et à la fin du développement », insistant sur le fait que « Le développement sera culturel ou ne sera pas ». Un changement radical de paradigme. « La vision panafricaniste du développement mettait donc la culture au premier plan, tandis qu’elle était restée longtemps à l’écart de politiques de développement prisonnières de leur prisme économique », rappellent les organisateurs de ce colloque international précisant : « Le projet de l’Unesco consécutif à la Conférence mondiale sur les politiques culturelles (Mexico (1982) cherchait à lancer une Décennie mondiale sur le développement et ses finalités culturelles. Cette initiative s’est d’abord heurtée à la réticence des Etats membres et des agences de l’ONU. La culture finira toutefois par être considérée, sous l’égide de l’Unesco suivie par d’autres institutions, comme moteur et catalyseur du développement durable ».

« Volonté politique »

Surfant sur cette vague, nombre de pays africains ont priorisé la promotion de culture comme moteur du développement. Cela est d’autant plus clair concernant les politiques des pays d’Afrique de l’Ouest, qui semblent se mobiliser totalement dans la mise en valeur du patrimoine culturel, qu’il s’agisse des arts, de l’artisanat ou des lieux mémoriels qui retracent l’histoire à la fois locale, nationale, continentale et donc de l’humanité.

Bamako, la photographie

Depuis le lancement de la biennale africaine de la photographie de Bamako, en 1994, la capitale malienne est reconnue bien au-delà des frontières ouest-africaine comme « capitale africaine de la photographie ». C’est dans cet esprit que Bamako a été choisie par la France pour abriter, depuis 2004, celle qui était supposée devenir la plus grande institution photographique du continent : la Maison africaine de la photographie (MAP). Sans que l’on puisse concrètement mesurer les retombées, sur le sol malien et l’impact au niveau des habitants, de la biennale de la photo et la présence de la Maison africaine de la photographie.

Ouaga, le cinéma

La création du Festival de cinéma africain et de la télévision de Ouagadougou, en 1969, devenu Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (FESPACO), a contribué à donner à la capitale du Burkina Faso, une image forte de cité cinématographique, en Afrique. L’évènement se déroule tous les deux ans, dans la capitale du pays des Hommes intègres, comme la biennale de la photographie à Bamako. Organisé par la « Délégation générale du FESPACO » cette rencontre est également l’un des rares festivals de cinéma d’État qui perdure de nos jours, dans le monde. Son objectif, selon ses promoteurs : « Favoriser la diffusion de toutes les œuvres du cinéma africain, permettre les contacts et les échanges entre professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, et contribuer à l’essor, au développement et à la sauvegarde du cinéma africain, en tant que moyen d’expression, d’éducation et de conscientisation ». D’autres capitales de la sous-région d’Afrique de l’Ouest, se singularisent également dans l’accompagnement de la culture comme pilier du développement.

Abidjan, le MASA

Ainsi en est-il du Marché des Arts du Spectacle Africain d’Abidjan (MASA), créé en 1990, est une organisation internationale dédiée au développement et la promotion des arts vivants africains. Son ambition est de « renforcer les capacités des professionnels africains des arts vivants et de favoriser l’accès des productions africaines aux marchés internationaux », affirment les organisateurs. Dans cette optique, tout au long de l’année, le MASA met en œuvre des programmes de formation à dédiés à des techniciens, administrateurs, et bien sûr des artistes. Ce qui en fait aujourd’hui plus qu’une biennale, un ensemble de programmes et d’activités visant à structurer la filière des Industries Culturelles et Créatives (ICC).

Dakar, les Arts contemporains

La capitale sénégalaise, Dakar, pôle d’attraction de la Biennale de l’Art africain contemporain et Dak’Art, accueille l’une des principales manifestations d’Art contemporain africain à consacrer exclusivement sa sélection aux artistes vivant sur et hors du continent. Instituée par l’État du Sénégal depuis 1989 avec une première édition dédiée à la littérature en 1990, elle est réservée à l’art contemporain lors de la deuxième édition en 1992, avant d’être définitivement consacrée à la création africaine contemporaine à partir de 1996. C’est la plus ancienne biennale de ce genre en sur le continent africain. La 16è édition aura lieu du 19 novembre au 19 décembre 2026, à Dakar.

Niger, le FIMA

Le Festival international de la mode africaine (FIMA) est un festival de mode panafricain qui a lieu principalement au Niger. Le FIMA est né en 1998 dans l’imagination du créateur de mode nigérien Alphadi, dans le désert de Tiguidit au Niger. Le festival a pour but de favoriser la rencontre des cinq continents en terre africaine, pour permettre l’expression des talents et créer des passerelles. « Paix, culture et développement en Afrique », tel était la thématique de la 15è édition, le 23 avril 2026.

 Conakry, 1ère biennale sur le livre en Afrique, en 2027

La capitale de la Guinée, pays de Camara Laye, William Sassine, de Lamine Capi Camara, Mariame M’Boh et autre Adama Kadé Touré, veut se positionner pour le livre, être reconnue comme une terre du livre en Afrique. La 18è édition des 72 heures du livre, la 6è page du Salon de la lecture de Conakry (Salec), le Salon du livre de la jeunesse etc, qui drainent toujours plus de monde, joint à l’intérêt grandissant année après année, des jeunes Guinéens pour le support livre et la lecture, plaident en faveur de cette reconnaissance. L’organisation de la première biennale du livre, à Conakry, qui est labellisée « Ville créative » de l’Unesco pour la littérature après avoir été capitale mondiale du livre en 2017-2018, contribuera à concrétiser cette ambition.

Les acteurs politiques de ces pays, épaulés par des acteurs privés, se mobilisent en s’impliquant sans réserve pour la promotion de la culture, comme moteur de développement économique et social.

Par Jean-Célestin Edjangué

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