Son parcours peut détonner, surprendre, émerveiller ou même déboussoler, tant il est atypique. Cette Camerounaise d’origine, plusieurs fois championne du Cameroun et d’Afrique du 100 et 200 m, expose sa collection Mikaïca jusqu’au 21 juillet, au 136 de la rue Saint honoré, dans le 1ᵉ arrondissement de Paris.

« J’ai deux amours, le sport et l’art ». Elle aurait pu le chanter, en parodiant Edith Piaf dont les deux amours étaient « le chez-moi et Paris ». Mais elle préfère le raconter, probablement parce qu’elle est convaincue qu’on exprime mieux les choses en les contant, en le disant. Et de quelle manière ! « Je suis GEN pour tout le monde. En fait, je suis Georgette Emilienne Nkoma, plus de 20 fois championne du Cameroun en athlétisme sur 100 et 200 m, triple championne d’Afrique, vice-championne de France, trois fois les Jeux olympiques, trois fois les mondiaux d’Athlétisme, et il y a quelque temps, j’ai décidé de m’installer en France pour offrir plus d’opportunités à mes enfants », indique-t-elle, sourire aux lèvres, lorsque naïvement, je lui demande de se présenter. Quant à savoir comment elle est passée de la sportive de très haut niveau à l’artiste aussi à l’aise avec le crochet, c’est une autre paire de manches, c’est plus qu’une affaire de dextérité, c’est véritablement une histoire de passion, résultat d’un substrat d’expériences emmagasinées.

GEN Mikaïca

Une somme d’expériences

« Passer d’athlète de haut niveau à l’artiste du crochet, je pense que c’est la somme de tous mes parcours. Quand j’ai fini de pratiquer le sport de haut niveau, j’ai été professeure d’éducation physique, mes parents étant eux-mêmes enseignants. J’ai toujours pensé que je suis arrivée dans le sport par hasard. Car on m’a découvert sur le tard, j’étais en classe de terminale. C’était plus une vocation qu’une passion. Je me suis laissée entrainer, mais chassez le naturel, il revient au galop », affirme GEN, qui poursuit : « Une fois installée en France, j’ai fait une formation pour devenir esthéticienne. Mais c’était plus alimentaire parce qu’il fallait nourrir mes enfants. Et travailler parallèlement, pour les nourrir, ce n’était pas évident. Il a fallu que je crée ma propre structure, je pouvais ainsi gérer mes enfants et l’entreprise d’esthétique. Ce que j’ai réussi à faire pendant neuf ans ». Ensuite, GEN amorce un virage socioprofessionnel qui va s’avérer décisif, le tout au hasard d’une rencontre, d’une main tendue.

Le tournant : « dépoussiérer le crochet »

« En 2016, j’en avais un peu marre de cette routine. Je me suis souvenue que quand j’étais gamine, j’ai appris à faire du crochet, à la cour de récréation, à l’âge de 10 ans. J’ai eu une cliente qui est venue un jour chez moi et qui m’a ramené beaucoup de clients. Et pour la remercier, je voulais lui offrir quelque chose à la fin de l’année. Comme elle était très fortunée, je ne savais quoi lui offrir. Il fallait quelque chose d’une valeur intrinsèque. Alors, je lui ai confectionné un bonnet avec du crochet. Elle était tellement contente qu’elle m’en a demandé un autre, puis un troisième, un quatrième… », raconte l’artiste, la voix limpide, les yeux brillants d’émotion. Elle insiste : « Voilà comment je me suis retrouvée à vendre des bonnets, écharpes, manteaux dans le salon de beauté. Ça devenait une boutique de ventes de produits et accessoires fabriqués avec du crochet, dans un commerce qui était devenu plus qu’un institut de beauté ». L’ancienne sportive de haut niveau sait aussi qu’aucune compétition, aucun challenge, n’est jamais remporté sans en avoir relevé le défi jusqu’au bout. Et le défi, en question, était de taille, il fallait redonner au crochet une image à la fois attrayante, jeune et moderne. « Sauf que quand on parle de bonnet, écharpe, les gens ont l’image des grands-mères emmitouflées, le bonnet sur la tête et l’écharpe nouée autour du cou. Or moi, je n’étais pas encore grand-mère à l’époque, même si je le suis aujourd’hui. J’ai alors décidé de dépoussiérer le crochet, lui redonner ses lettres de noblesse. Et ça m’a pris 4 ans pour y arriver », rappelle GEN. Et quand on observe chacune des pièces exposées au 136 de la rue Saint-Honoré, dans le 8ᵉ arrondissement de Paris, on est captivé, attiré par une sensibilité et une finesse qui mettent en relief le travail volcanique aux couleurs très chaleureuses, joyeuses, pleines de vie.

Customisation

« J’ai changé le support. Quand on dit crochet, les gens voient la laine. Moi, j’ai voulu sortir de cet esprit. Je fais très peu de vêtements parce que ça reste dans la logique du crochet. Je fais plus de la maroquinerie. Il a donc fallu trouver le brin qui soit léger et s’accorde pour fabriquer de beaux sacs. Mais pas de sacs en coton ni en laine. Mais des casquettes habillées, sacs en cuir, beaucoup plus de la customisation, parce que je travaille sur des supports existants et j’y apporte ma touche personnelle. Par ailleurs, je ne fais que du rainbow, avec les couleurs arc-en-ciel. Dans l’arc-en-ciel, il y a 7 couleurs, autant dire que j’ai mille ans de travail devant moi. Et je suis contente parce qu’il y a des jeunes que je forme pour préparer la relève. J’ai une stagiaire en ce moment. Je suis en plus dans l’économie circulaire et la protection de l’environnement, ce qui veut dire que non seulement tout est fait main, mais en petites quantités.

Championne d’athlétisme

Elle participe à sa première compétition internationale aux jeux d’Afrique centrale à Brazzaville au Congo en 1987 où elle remportera une médaille d’argent au 100 m et une médaille de bronze au 4x400m.

Elle sera présente ensuite aux championnats d’Afrique au Caire en Égypte et à Harare au Zimbabwe, sans oublier les jeux africains à Nairobi au Kenya où elle réalisera des performances remarquables pour une débutante.

Elle participe ensuite aux jeux de la Francophonie à Casablanca au Maroc, plus tard à ceux de Paris en France et à ceux d’Antananarivo à Madagascar.

En 1992, Georgette Nkoma fait partie de la délégation camerounaise aux Jeux de Barcelone sur 200 m et atteint les quarts de finale.

Elle rejoint en 1995 le club Stade Français en France où elle est entrainée par François Bonvin à L’INSEP de Paris

En 1996, elle devient Triple championne d’Afrique en remportant les épreuves du 100 m (11 s 67) et du 200 m (23 s 1) lors des Championnats d’Afrique d’Athlétisme organisés à Yaoundé. La même semaine, elle devient vice-championne de France sur 200 m, en remportant la médaille d’argent derrière Delphine Combes. Porte-drapeau de la délégation camerounaise, elle participe quelques semaines plus tard aux Jeux olympiques d’Atlanta.

*Georgette Emilienne Nkoma, Exposition collection Mikaïca jusqu’au 21 juillet au 136 de la rue Saint honoré, dans le 1ᵉ arrondissement de Paris.

Par Jean-Célestin Edjangué

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.