Ils sont de moins en moins intéressés par une certaine façon de faire la politique. Une préoccupation nationale au moment où les français doivent se prononcer ce 19 juin 2022, pour élire une nouvelle Assemblée nationale.

La question, pour provocatrice qu’elle puisse paraître, n’en demeure pas un vrai casse-tête tant pour les partis politiques et autres organisations de la société civile que pour les jeunes eux-mêmes dans l’hexagone. Surtout, l’interrogation n’a jamais été autant d’actualité au moment où, ce dimanche, 19 juin 2022, les français sont appelés à se mobiliser pour le second tour des législatives avec en ligne de mire, d’un côté, la quête des pleins pouvoirs via la majorité absolue, pour le gouvernement d’Elisabeth Borne, et de l’autre, constituer une opposition sans concession au pouvoir du président Emmanuel Macron en obtenant la victoire finale, du côté de la Nouvelle union populaire écologique et sociale(Nupes) de Jean-Luc Mélenchon. Entre les deux, bien des arbitrages seront effectués par Le Rassemblement national (RN) et Les Républicains (LR).

70% des moins de 35 ans peu concernés par le vote

Selon un sondage réalisé par Ifop-Fiducial, réalisé pour LCI, publié le 13 juin 2022, « l’abstention est surtout présente chez les moins de 35 ans ». L’enquête détaille le vote du 1er tour de la présidentielle, le 12 juin. « Parmi les votants, les plus jeunes sont aussi ceux qui accordent le plus un bulletin à la Nupes. A contrario, l’électorat âgé de plus de 65 ans vote surtout pour Ensemble ! ». Mais le véritable enseignement du scrutin est ailleurs. « Le premier tour des législatives a été marqué par une abstention record, avec une majorité d’électeurs français qui ont boudé les urnes », indique l’étude, avant de préciser : « Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 52,49% ne se sont pas déplacés à leur bureau de vote, dépassant le record déjà de 2017, qui avait vu 51,3% des électeurs s’abstenir ». Chiffre qui empire quand il s’agit de la jeune génération. « 70% des électeurs de moins de 35 ans qui ne voteraient pas. Parmi cette tranche d’âge, 76% des 18-24 ans et 66% des 25-34 ans s’abstiendraient. A contrario, la tranche d’âge qui vote le plus est celle des 65 ans et plus, avec un taux d’abstention estimé à 35% », constate le même sondage. Une autre étude, menée par Ifop et Ipsos Sopra Steria, dans l’optique de la présidentielle 2022 en France, souligne la prédominance de l’abstention chez les jeunes. « 41% des 18-24 ont ainsi fait le choix de bouder les urnes le 10 avril comme le 24 avril 2022. Soit une hausse de plus de 13 points par rapport au taux d’abstention national ».  Et l’enquête de s’interroger : « Comment expliquer cette désaffection pour la politique ? ». Pour le sociologue Olivier Galland, auteur de l’ouvrage Vingt ans, le bel âge, qui reconnaît que plus d’un jeune sur deux ne se sent pas attiré par un parti politique, il ne faut pas conclure hâtivement que les jeunes se désintéressent des grandes thématiques qui préoccupent la société. « Pour autant, explique le sociologue, ils se disent concernés par l’écologie, les violences faites aux femmes, le terrorisme ou les inégalités. Mais cela ne se traduit pas sous une forme politique ».  Laurent Lardeux, un autre sociologue spécialiste de la politisation de la jeunesse à l’Institut de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), pense qu’il y a une « nouvelle forme de participation politique des jeunes générations ». « Pour ces jeunes, poursuit-il, la participation passe autant par l’engagement direct dans des associations ou des mouvements que par un vote tous les cinq ans ».

Un engagement paradoxal

Cette difficulté à cerner les nouveaux comportements électoralistes de la jeunesse française depuis plus d’une décennie maintenant, apparaissent encore plus dans l’analyse de la participation des 18-24 ans à la dernière présidentielle d’avril 2022. Ces informations, relayées par Cidj.com d’après une étude de Ipsos-Sopra Steria dont le titre « Pour qui ont voté les jeunes ? », peuvent apparaître surprenante à plus d’un titre. Au premier tour, ils ont prioritairement voté Jean-Luc Mélenchon au 1er tour, le candidat de la France Insoumise recueillant 31% des suffrages des 18-24 ans contre 26 % pour Marine le Pen et 20% pour Emmanuel Macron. Pour Laurent Lardeux, ce plébiscite d’un candidat qui se présentait pour la troisième fois devant les Français, a plusieurs explications. « Il y a d’abord un vote d’adhésion aux valeurs progressistes qu’ils partagent avec ce candidat […] mais on peut y voir aussi sans doute une part de vote utile pour le candidat qui était le plus à même, à gauche, d’aller au second tour. Enfin, […] la mobilisation des jeunes est souvent plus contestataire que celle des autres générations. » Et quand leur champion se retrouve hors course pour la bataille finale, ces jeunes portent leur choix sur Emmanuel Macron(61% des électeurs âgés de 18-24 ans ont voté pour le président sortant), qui, par un raisonnement simpliste, aurait dû bénéficier de leur adhésion dès le premier tour Ceux qui avaient voté au 1er tour pour J.L. Mélenchon se sont comportés comme l’ensemble des électeurs mélenchonistes (41% pour E. Macron, 39% d’abstentions, 20% pour M. Le Pen). Conclusion du sondage : « Mais si les jeunes ont voté massivement pour Emmanuel Macron, leur participation à la victoire finale du candidat d’En Marche doit être relativisée : les 18-24 ans ne représentent que 10% des électeurs macronistes. Et au final, entre les scrutins de 2017 et 2022, Macron a perdu 7 points auprès du jeune électorat ».

Et si le vrai problème était ailleurs concernant le peu d’intérêt que les jeunes générations françaises ont de la politique et de la participation aux urnes ? En France, comme en Europe, Amérique, Asie et en Afrique, il y a décalage visible entre ceux qui détiennent le pouvoir décisionnel, ceux qui gouvernent et l’écrasante majorité de ceux qui sont gouvernés. Décalage au niveau de l’âge, au niveau des préoccupations du moment, décalage dans la manière même d’aborder les problèmes d’un monde en perpétuelle mutation, où les choses vont à une vitesse folle en même temps qu’elles se complexifient de plus en plus. Or, sur le plan démographique, les 30 ans représentent plus de la moitié des 7, 7 milliards d’habitants qui peuplent la planète.

La loi de la proximité, en matière journalistique, veut que l’on s’intéresse à une information, qu’on lui donne de l’importance, selon sa proximité avec son public. Autrement dit, les jeunes, pour s’intéresser davantage à la politique et aux élections, doivent avoir le sentiment de se reconnaître en ceux qui les représentent. Est-ce vraiment le cas ? Réponse ce dimanche 19 juin soir.

Par Jean-Célestin Edjangué

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